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L'édit de Nantes

Le 12 avril 1598, Henri IV signe l'édit de Nantes qui met fin à trente années de troubles, de guerres, de famines et d'épidémies. Et accorde aux protestants de France la liberté de conscience.

UN LIVRE récent parle de lui en ces termes : « De son vivant Henri bâtit sa légende pour devenir roi père de ses sujets, un homme de paix et de tolérance, un souverain proche de son peuple et un prince mythologique. La légende le fera roi de la poule au pot et du déduit, le prince au panache blanc, le fondateur de l'Europe moderne, le signataire de l'édit de Nantes. » (Henri IV, la vie, la légende, Christian Biet, Larousse, 2000). Celui qui va « bâtir sa légende » sa vie durant, naît le 13 décembre 1553 au château de Pau. Ses parents ­ Antoine de Bourbon et Jeanne d'Albret ­ ont tous deux Saint Louis comme lointain ancêtre. Son grand-père, Henri d'Albret, est un vieillard redoutable qui règne sur la partie de la Navarre située au nord des Pyrénées. Il n'a cessé de se battre contre les Espagnols qui ont fait main basse sur la partie du royaume située au sud de la chaîne montagneuse. En cela, il est bien dans la lignée des rois de Navarre, seigneurs du Béarn qui rêveront toujours de récupérer la partie espagnole de leur royaume. Henri d'Albret, pour ce faire, s'alliera avec François Ier, se battra avec lui et... épousera sa soeur Marguerite, l'une des femmes les plus remarquables de son siècle.

De son vivant, Henri IV bâtit sa légende

Naître dans une famille pareille suscite naturellement nombre de libelles flatteurs. Un chroniqueur expliquera la destinée grandiose d'Henri par sa date de naissance : « pour auquel le soleil s'affranchit du plus bas de son solstice d'hiver pour rehausser son cours et par une petit accroissement nous donner espérance de le revoir en sa parfaite grandeur. C'est ce jour-là que la France a pareillement conçu les espérances de se revoir par la vertu de ce Grand Prince nouveau-né, au solstice de ses grandeurs desquelles elle était merveilleusement déchue. » Soit. En tous les cas, le baptême du royal rejeton se fait en grande pompe le 6 mars 1554, à Pau toujours. A cette occasion, on publie l'horoscope rédigé par le mathématicien Auger Ferrier. Qu'on se le dise : la naissance de cet héritier est un véritable don du ciel pour le roi de Navarre et peut-être pas seulement pour lui... A un an et demi, le voilà prince héritier : son redoutable grand-père vient de mourir. A trois ans, il est nommé capitaine d'une compagnie de cinquante soldats et présenté officiellement à la cour de France. Henri II, fils de François Ier, règne depuis la mort de son père en 1547. Dialogue entre le roi et le gamin. Henri II, amusé par la vivacité du futur Henri IV : « Veux-tu être mon fils ? ». L'autre, montrant son père, Antoine de Bourbon, du doigt : « Mais c'est lui mon père ! ». Le roi : « Alors, c'est mon gendre que tu seras ! ». Le gamin : « Je veux bien. » L'assistance rit beaucoup mais elle a tort : la fille d'Henri II ­ Marguerite ­ a sensiblement le même âge que le petit Béarnais. Et Margot ­ la future reine Margot ­ épousera bien plus tard Henri. L'enfance heureuse du petit Henri ne durera pas. La France est déchirée par ce que ­ au XIXe siècle ­ on commencera à appeler les Guerres de religion. Une religion nouvelle est en effet apparue dans le catholique royaume de France : « La nouvelle croyance est fondée sur la théologie et l'ecclésiologie énoncées par Jean Calvin et s'incarne dans la ville de Genève où réside ce dernier. Elle connaît un succès foudroyant. Rencontre entre des hommes et des femmes en quête d'une approche du sacré différente de celle proposée par la religion traditionnelle et d'une vie quotidienne vécue selon les principes évangéliques, le calvanisme fait des adeptes dans presque toutes les couches sociales » (Janine Garrisson dixit). Henri est élevé dans le calvinisme par sa mère. Dès 1569 ­ il a 16 ans ­ il est présenté à l'armée des protestants réunie à La Rochelle. Car depuis près d'un quart de siècle, les catholiques derrière les ducs de Guise et les protestants que l'on commence à appeler les Huguenots, s'affrontent sans ménagement. Chef théorique du parti huguenot, en fait sous la tutelle de l'amiral de Coligny, Henri de Navarre fait ses premières armes lors de la troisième guerre de religion avant de retrouver celle qu'enfant déjà, la diplomatie lui destinait : Marguerite de Valois. Le traité de Saint-Germain-en-Laye, signé le 29 juillet 1570 entre le pouvoir royal ­ Charles IX et Catherine de Médicis respectivement fils et veuve de François Ier ­ et le parti huguenot, est passé par là. En signe de réconciliation, l'on va donc marier Henri de Navarre et Marguerite de Valois. Mais le traité ne se limite pas à cette union ô combien symbolique. Son texte proclame en faveur des protestants liberté de conscience, liberté limitée du culte, égalité civile, octroi pour deux ans de quatre places de sûreté : toutes choses que l'on retrouvera ­ élargies et consolidées ­ dans un certain édit signé à Nantes en avril 1598. Quoi qu'il en soit, le mariage entre ces deux jeunes, qui n'ont pas vingt ans, est célébré le 18 août 1572 à Paris « fournaise des esprits exaspérés, fournaise des corps épuisés dans une chaleur torride... creuset des passions explosives ». Mariage curieux, insolite puisqu'aucun des deux époux n'abandonne sa foi et qu'en conséquence Henri de Navarre n'entre pas dans Notre-Dame pour assister à la messe et que la bénédiction nuptiale est donnée à l'extérieur sur le parvis de la cathédrale...

Tuez-les tous, qu'il n'en reste pas un pour me le reprocher !

Et quelques jours plus tard, c'est la Saint-Barthélemy. A partir du 24 août au petit matin, pendant trois jours, c'est le massacre général des Huguenots venus assister au mariage de l'héritier de Navarre. Et l'Histoire retiendra surtout les mots du roi Charles IX : « Tuez-les tous, qu'il n'en reste pas un pour me le reprocher ! ». La Saint-Barthélemy fait trois mille victimes et Henri n'en réchappe qu'en abjurant sa foi protestante. Plus tard, bien plus tard, il racontera quel fut alors son désespoir : « Ils étaient morts, ceux qui m'avaient accompagné à Paris, venus sur ma seule parole, et sans autre assurance que celle que le roi m'avait donnée, en m'assurant qu'il me traiterait comme un frère. Mon chagrin a été si grand que j'aurais voulu les racheter de ma propre vie, puisqu'ils perdaient la leur à cause de moi. Les voyants tous tués, même au chevet de mon lit, je demeurai seul, privé d'amis. » Pour l'heure il s'agit de vivre ou plutôt de survivre. En résidence forcée, sans cesse surveillé, en fait contraint de séjourner dans une prison dorée, Henri s'endurcit, n'est plus dupe de rien, médite sa revanche tout en feignant de n'avoir en tête que la vie de plaisirs qu'on lui propose à la cour, une cour animée par « l'escadron volant » de Catherine de Médicis, un essaim de jeunes femmes destiné à retenir dans l'entourage royal les ennemis de Charles IX. Henri écrit alors à un ami : « La cour est la plus étrange chose que vous ayez jamais vue. Nous sommes presque toujours prêts à nous couper la gorge les uns aux autres. Nous portons des dagues et la cuirasse sous la cape. Je n'attends que l'heure de donner une petite bataille. Ils disent qu'ils me tueront, et je veux prendre les devants. » Mai 1574 : Charles IX meurt. Henri III, son frère, revient à toute allure de Pologne, où il avait été élu roi, pour prendre sa succession. Février 1576 : Henri de Navarre s'évade à l'occasion d'une partie de chasse. Il ne reviendra à Paris qu'en mars 1594, roi de France et converti à la religion dominante... Dès le lendemain de son évasion, il renonce au catholicisme et prend la tête des troupes huguenotes. Les années passent, Henri se bat, prend Cahors en 1580. Quatre ans plus tard, la mort du duc d'Alençon, dernier frère d'Henri III, fait de lui l'héritier du trône au grand dam du parti des catholiques, la fameuse Ligue dirigée par les Guise. La guerre des trois Henri oppose de 1586 à 1587 Henri III, Henri de Navarre et Henri de Guise. Le 20 octobre 1587, les Huguenots en cuirasses grises et collets de buffle, après les prières, entonnent le psaume 118 (« La voilà l'heureuse journée ») et après trois heures de combat, écrasent l'armée royale. Henri de Navarre, à l'issue de cette première grande victoire protestante, peaufine son image de rassembleur : les dépouilles des chefs catholiques sont traitées avec égard et la lettre envoyée au vaincu du jour, Henri III, est d'une grande dignité : « Je suis bien marri qu'en cette journée je ne puis faire la différence des bons et naturels Français d'avec les partisans et adhérents de la Ligue. Croyez que je suis très triste du sang qui se répand... »

Je suis très triste du sang qui se répand...

Ces deux-là ne tardent pas à se réconcilier et s'en viennent assiéger Paris aux mains des partisans les plus fanatiques de la Ligue. Mais le 1er août 1589, Henri III est assassiné par un jeune moine dominicain Jacques Clément : lui qui avait fait préalablement assassiner Henri de Guise ! Voilà Henri de Navarre (ou de Bourbon) roi de France. En fait, Henri IV est un roi sans royaume. Il a beau accumuler les victoires militaires à Arques (septembre 1589), à Ivry (mars 1590, occasion de la fameuse phrase du « panache blanc »), il n'arrive pas à prendre Paris. La solution sera politique : Henri IV ­ au terme d'un processus long, complexe et délicat ­ abjure le calvinisme le dimanche 25 juillet 1593 à Saint-Denis. Il est sacré à Chartres le 25 février 1594, entre dans Paris sans combat le 22 mars. Il fait froid, il pleut, Henri IV fait preuve d'une clémence extraordinaire : pas d'arrestations, pas de représailles, pas de confiscations. La garnison espagnole est priée de déguerpir ; seuls 118 indésirables sont priés de quitter la ville. La guerre cependant continue. Le dernier des Ligueurs, le duc de Mercoeur qui tient la Bretagne, reconnaît enfin Henri IV en mars 1598. Et c'est pourquoi l'édit ­ longuement mûri par Henri IV et ses conseillers ­ est signé à Nantes, édit qui met un terme aux guerres de religion. Ce texte comprend quatre parties : un texte législatif en 92 articles, précédé d'un remarquable préambule vraisemblablement rédigé par Henri IV lui-même ; un ensemble de 56 articles réglant des situations particulières ; deux brevets financiers accordant des subsides destinés d'une part à l'entretien des facultés de théologie calvinistes, d'autre part à l'entretien des garnisons dans les places de sûreté laissées aux huguenots. Ceux-ci ­ surtout ­ se voyaient reconnaître la liberté absolue de conscience et la capacité « de tenir tous états, dignités, offices et charges publiques ». La religion catholique, en revanche, était proclamée religion première dans le royaume. L'édit de Nantes était à certains égards moins favorables aux protestants que d'autres tel celui de Beaulieu en 1576 mais il présentait un avantage de taille incontestable : le pouvoir monarchique se donnait garant de son application. Comme chacun sait, le petit-fils de Henri IV à savoir Louis XIV n'eut pas la même approche de la tolérance...

Texte : Edouard Boeglin Illustration : Christian Heinrich

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CHRONOLOGIE 1553 : naissance d'Henri de Navarre 1572 : massacre de la Saint-Barthélemy 1576 : fuite en Guyenne 1594 : entrée dans Paris 1598 : édit de Nantes 1602 : renouvellement de ...





BIBLIOGRAPHIE 1598, L'édit de Nantes, Bernard Cottret, Perrin, 1997 Henri IV, le roi de la paix, Janine Garrisson, Tallandier Historia, 2000 Henri IV raconté par François Bayrou, Perrin, 1998 ...



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