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Jeudi 15 mars 2001


 
 
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Développements


Dessinateur
et scénariste

Uderzo reconnaît volontiers aujourd'hui que l'écriture d'une aventure lui apporte plus de plaisir que le dessin qui l'a pourtant élevé jusqu'au capitole des maîtres de la bande dessinée. Il explique tout simplement ce changement: «Je dessine depuis cinquante ans et j'écris depuis vingt ans». Le jeune scénariste prend beaucoup de plaisir à faire «buller» son esprit entre humour et poésie et «les rails» des grands thèmes imposés dont «les bagarres».

Textes: 
Raymond Couraud

Le retour d'

Rien à voir avec Giuseppe Verdix, mais la dernière aventure d'Astérix porte le nom de la plus célèbre création du compositeur: Latraviata. Une façon de mettre l'opus à l'oreille de tous les fans de l'opéra de papier, né voici plus de 40 ans.

Personne, pas même le plus petit village perdu sur un promontoire au bout du bout d'un pays quelconque et peuplé d'irréductibles habitants ne saura échapper à la dernière aventure d'Astérix. Le héros gaulois fait mieux que César, Napoléon et quelques autres amateurs de conquêtes. La terre entière s'apprête à plonger dans les librairies pour acquérir le 31e volume de la saga du petit bonhomme, né en 1959. L'opération a été menée avec une incroyable stratégie qui prouve qu'en ce domaine la France peut faire aussi bien que les Américains. Stephen King ou Harry Potter n'ont qu'à bien se tenir, la furia gauloise est sur le point de faire ce que tous les éditeurs unanimes et néanmoins jaloux appellent déjà «le coup de l'année». Le secret de l'histoire n'a pas filtré. Les pires bassesses n'ont servi à rien. Hormis quelques vignettes âprement négociées et publiées ça et là qui ont donné un léger avant-goût aux amateurs, on ignore quasiment tout de l'intrigue. Le titre donne une vague idée de la féminisation de l'album. De là à dire qu'Astérix est tombé paritaire en cette période électorale, il y a un grand pas que nos caligas refusent de franchir par crainte de chuter.

Uderzo se méfie d'ailleurs beaucoup des révolutions et il n'a aucunement l'intention de se hasarder dans les profondes forêts de l'inconnu. «Mes lecteurs ont horreur de ça», confie-t-il. «Je reçois des lettres de reproches dès que je m'éloigne de la philosophie des albums». Ainsi, il est hors de question d'oublier la présence des pirates dans un seul ouvrage. Une seule vignette suffit pour rassurer leurs inconditionnels. De même, rappelle-t-il, «lorsque j'avais organisé le banquet de la fin du Fils d'Astérix sur la galère de Cléopâtre, on m'a beaucoup reproché cette entorse à la tradition». On l'a compris, Astérix a le droit d'avoir des millésimes un peu plus corsés que d'autres, mais il doit garder son architecture, ses habitudes et ne surtout pas dérouter les millions de lecteurs qui s'abreuvent à la source d'une potion magique qui n'a jamais viré à la piquette, en dépit de la tragique défaillance de René Goscinny.
Le 1er février dernier, Astérix avait donné rendez-vous à la presse du côté de Condate (Rennes) pour faire monter un peu plus la pression de la cervoise publicitaire. Il en a profité pour rappeler combien les racines d'Astérix plongeaient dans la propre expérience du petit Albert Uderzo, réfugié en Bretagne avec son père qui fuyait le travail obligatoire chez les descendants des Goths qui, aujourd'hui, apprennent le latin grâce à la bande dessinée. Ils ne sont pas seuls à craquer pour les gauloiseries crayonnées. 107 langues et dialectes puisent des éclats de rire dans la potion magique venue de Gaule. Vous en reprendrez bien un peu ?


Sur le web


Huit millions d'exemplaires

Huit millions d'exemplaires bourrés de baffes, de castagne, de jeux de mots et autres rebondissements ont été imprimés.

Trois millions sont réservés à la Gaule et les autres seront distribués dans toute l'Europe qui vivra à l'heure de l'Armorique pour échapper au laudanum politique.