Philippe Vasseur, ancien ministre de l'Agriculture, sera entendu le 26 mars à Créteil dans le cadre d'une audition qui fait suite à plusieurs autres. C'est une étape de plus dans une démarche singulière, la procédure civile engagée dès 1996 au tribunal d'instance d'Epinal par des éleveurs vosgiens méfiants et curieux. « Ils avaient alors entendu parler des problèmes de vache folle qui se passaient ailleurs et de la suspicion portée sur les farines animales. Aucun d'entre eux n'était directement concerné mais, ignorant tout de la composition des aliments qu'on leur fournissait pour leur bétail, ils voulaient savoir », dit leur avocat, Me Jean Kopf, à Nancy.
« La filière bovine aurait pu être sauvée »
Ces éleveurs et la FDSEA des Vosges, qui a initié leur démarche, passent aujourd'hui pour des précurseurs qui ont eu le nez creux. Maurice Vaxelaire les a rejoints après sa mésaventure, ainsi que Michel Lallemand, éleveur à Rebeuville, près de Neufchâteau, deuxième éleveur victime d'un cas de vache folle dans les Vosges. « Avec le recul, on se dit qu'on avait mille fois raison de s'inquiéter mais on ne peut s'empêcher de penser que si notre appréhension avait été partagée par les pouvoirs publics et si ces derniers avaient pris plus tôt des mesures, la filière bovine aurait pu être sauvée », analyse Daniel Gremillet, le président de la FDSEA (Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles) des Vosges. « Aucun des deux grands groupes qui distribuent les farines n'a daigné éclairer notre lanterne sur leur composition. Aucun n'a respecté ni le devoir de précaution ni le devoir de conseil. La loi restée trop longtemps permissive et des dérogations fournies de façon quasi automatique ont pu donner libre cours à toutes sortes de pratiques douteuses. Même aujourd'hui, la transparence n'est pas appliquée sur l'étiquetage », ajoute Me Kopf. En attendant la prochaine audition et le rapport de l'expert, les plaignants, forts des « encouragements » et des « félicitations » de la FNSEA, la fédération nationale des syndicats d'exploitants agricoles, ont vu plusieurs éleveurs de Franche-Comté, victimes de cas de vaches folles dans le Doubs, rejoindre leurs rangs. « On ne réclame pas de condamnation mais on veut savoir. Pour certains c'est le combat de David contre Goliath. On mettra le temps mais on fera avancer la législation », disent-ils.











