Le syndicat des mécaniciens-chauffeurs réagit au projet de transit combiné rail-route par la vallée et le tunnel de Sainte-Marie-aux-Mines que certaines associations (Locoval, Alsace Nature, COSTAV, etc.) préconisent, pour des raisons écologiques. Selon ces derniers, expliquent les chauffeurs, transférer le trafic poids lourds sur le train permettrait « de préserver la qualité de vie et la tranquillité dans notre vallée. Il suffit pour cela de charger les camions sur le train, une seule loco peut tirer 40 camions à la fois, plus de pollution, plus d'encombrement des routes, bref la solution idéale nous dit-on ». Le syndicat signale que « les routiers ne sont nullement en faveur du tout camion. Associer les qualités du rail à celles de la route ne peut qu'améliorer, et rééquilibrer les différents modes de transport ». Malheureusement 60 à 75 % des marchandises qui sont confiées à la SNCF, selon le syndicat, transitent par la route. « Nous pensons qu'il ne suffit pas de dire qu'il faut mettre les camions sur le train mais il faut auparavant évaluer les besoins et s'assurer qu'il y a une réelle demande. Cela implique une participation active des transporteurs routiers, de la SNCF disposée à rouvrir cette ligne, des collectivités locales prêtes à investir dans un tel projet et surtout des industriels acceptant des livraisons et expéditions moins rapides ».
Le coût de ce système
Les mécaniciens-chauffeurs poursuivent : « La SAPRR, société qui gère le tunnel, en est concessionnaire jusqu'en 2022. Par conséquent on ne peut récupérer et transformer le tunnel actuel. Il faut donc creuser un nouveau tunnel estimé à 2 milliards de francs. Puis, il faut construire deux terminaux (plates-formes de chargement et de déchargement) avec parking, routes d'accès, restauration, sanitaires, éclairage, etc., poser des rails avec de nouveaux ouvrages d'art notamment entre Lusse et Frapelle-Gare, rehausser et stabiliser les ouvrages existants aussi bien en Alsace qu'en Lorraine, électrifier car la pente est trop raide pour la traction par locos diesel, etc., bref un coût que l'on peut chiffrer entre 5 et 6 milliards de francs, fonctionnement non compris. Tout est possible et faisable. Mais vu le coût d'une telle opération il ne peut plus être question de trafic local ou même régional. Pour rentabiliser un tel projet nous aurons un trafic national et international. Nos amis et voisins des autres vallées soucieux de leur environnement n'accepteront plus, et à juste titre, le passage des poids lourds chez eux et se chargeront bien de les renvoyer sur la ligne rail-route à travers notre vallée. Nous aurons donc un trafic ininterrompu de trains chargés de camions jour et nuit. A ce trafic, il faut ajouter le transit VL par le tunnel routier, le trafic local, ainsi que le transport marchandises régional court. Les retombées d'un tel système de transport seraient catastrophiques pour l'environnement et mortels pour l'économie. Pour l'environnement : si un tel système de transport se met en place, nous aurons à supporter tout le poids du trafic marchandises est-ouest, c'est-à-dire des convois de trains chargés de camions 24 heures sur 24 et contrairement à la route, aucune municipalité, qui se trouve sur le parcours, ne pourra intervenir pour interdire ou modifier les plages horaires (de nuit par exemple).
Développer les zones rurales
Pour l'économie : contrairement à la route, ce mode de transport qui ne ferait que transiter par la vallée et qui ne s'arrêterait qu'aux terminaux (exemple Colmar, Lunéville) n'apportera rien dans la partie traversée, seules les zones d'activités proches des terminaux en profiteront. Aucune industrie, aucun commerce ne s'implante dans une vallée où l'on impose de telles restrictions, où le coût est majoré du fait d'un doublement du transport (coût du camion, plus train). Les personnes ou associations qui proposent ce type de transport obtiendraient donc le contraire de ce qu'elles souhaitent. La route, que l'on nous présente tellement souvent comme le ruban de la mort, est aussi la route de la vie. C'est cette route qui apporte l'emploi, le commerce, les activités, « la jeunesse ». Ce n'est pas en désertifiant nos campagnes, en créant une nouvelle « Lozère » peuplé de retraités, que l'on résoudra les problèmes de l'emploi, bien au contraire. C'est par un agencement intelligent du territoire, une volonté politique de décentralisation, en aménageant des structures permettant de développer nos zones rurales, routes, écoles, zones d'activités qui permettront aux habitants de rester sur place et supprimeront autant de déplacements.











