Le tribunal correctionnel de Mulhouse rendra son jugement le 30 mars dans l'affaire du camion-grue de Durmenach.
Le 12 février 1999, dans une rue de Durmenach, un jeune garçon de 7 ans rentre chez lui. Il a beaucoup neigé, les trottoirs sont encombrés de congères. Arrive un camion-grue. La partie arrière du véhicule heurte l'enfant, qui est projeté sous les roues arrière. Le malheureux est tué sur le coup. Il n'y a pas de témoin de l'accident. Une automobiliste aperçoit le petit corps et donne l'alerte. Elle remarque le camion-grue garé un peu plus loin. Un attroupement se forme autour de la petite victime. Le conducteur du camion s'approche, demande ce qui se passe. Puis repart au volant du véhicule, qu'il va garer chez son employeur. Pas de doute sur un point : c'est bien le camion-grue qui a tué le garçon — les tests ADN le démontrent. Le conducteur comparaît devant le tribunal correctionnel de Mulhouse pour homicide involontaire et délit de fuite. C'est un homme de 43 ans, chauffeur depuis une quinzaine d'années.
« Ce n'est pas crédible »
Il affirme n'avoir pas vu l'enfant et ne s'être aperçu de rien. S'il s'est arrêté, c'est pour tenter de stabiliser la flèche de la grue, qui était mal fixée à droite de la cabine de conduite. « Je n'arrive pas à comprendre… », répète-t-il. C'est en voyant l'attroupement, ajoute-t-il, qu'il est allé s'informer. « J'ai été choqué de voir le corps de cet enfant. Mais je n'ai jamais pensé que ce pouvait être moi qui l'avais renversé… » « Il se serait arrêté par hasard à cent mètres du corps de l'enfant ? Ce n'est pas crédible… », argumente la représentante du ministère public Sandra Furderer, se fondant sur une expertise dont il ressort que le problème posé par la flèche de la grue ne présentait pas de caractère d'urgence. Pour elle, « non seulement le prévenu est responsable de la mort de cet enfant mais il a tenté d'échapper à ses responsabilités ». Elle requiert deux ans de prison avec sursis et 18 mois de suspension du permis de conduire.
« Le doute est possible »
« Depuis ce terrible accident, cet homme est rongé par le remords… », plaide pour la défense, Me Thomas Grimal. Tête baissée, le conducteur sanglote pendant toute la plaidoirie. L'avocat souligne que son client a parlé de la mort de l'enfant à son patron dès son retour avec le camion-grue, qu'il n'a pas essayé de nettoyer le véhicule, qu'il ne serait pas allé demander ce qui se passait sur les lieux s'il s'était senti coupable de quelque chose. « Il y a une cohérence dans son attitude. Le délit de fuite ne tient pas… » L'homicide involontaire ? Le dossier ne démontre ni erreur de conduite ni alcool. « Où est la faute ? Le doute est possible… » Le tribunal a mis son jugement en délibéré jusqu'au 30 mars.











