Invités à participer, hier soir, au match de gala de la 12e Coupe de Mulhouse en salle, Manuel Amoros et Dominique Rocheteau ont vécu une soirée entre passé et présent. Confidences de champions d'Europe 84.
SEPT fois finaliste (championnat d'Europe des nations 84, Coupe des champions en 91 avec l'OM et à cinq reprises en Coupe de France avec Monaco puis avec l'OM) d'une épreuve majeure du football contemporain, Manuel Amoros n'a, pourtant, figuré qu'à deux reprises dans le camp des vainqueurs. Trois, si l'on veut bien considérer que, dans les tribunes de Munich, il a malgré tout « un peu » participé au succès de l'OM sur le Milan AC en 93. Si l'on ajoute à cela que le gaillard, longtemps recordman des sélections en équipe de France avant le « règne » de Didier Deschamps, a encore été battu lors de deux demi-finales de Coupes du monde (en 82 en Espagne et en 86 au Mexique), on pourrait se dire que ce Héraultais de Lunel peut, peut-être, nourrir quelques regrets. Erreur, grossière erreur !
Avant d'aller tâter de la balle sur le parquet du « tout nouveau » Palais des Sports, l'un des plus prestigieux invités des organisateurs de la 12e Coupe de Mulhouse, était tout sourire : « Déçu moi ? Mais vous n'y êtes pas ! Pendant des saisons et des saisons, j'ai eu la chance d'exercer une profession qui a toujours fait et fait encore rêver tous les jeunes du monde. Je serais vraiment ingrat de me plaindre. Dites vous bien une chose : si j'ai eu le bonheur de monter haut dans la hiérarchie du football mondial de mon époque, l'un des plus beaux jours de ma vie date de la signature que j'ai apposée au bas de mon tout premier contrat pro ! C'était féérique et le début d'une vie de roi, même si je dois dire qu'aujourd'hui encore, je rumine au souvenir de toutes les défaites que mes équipes et moi avons concédées... »
« Le Racing doit être puni »
Convaincu que les pros d'aujourd'hui sont plus physiques (« On leur en demande plus, et cela se fait au détriment des techniques individuelle et collective. Cela se traduit par des erreurs de contrôles et de passes qui n'existaient pas forcément de notre temps »), « Manu » est encore plus sévère avec tout ce charivari qui anime de plus en plus les tribunes : « Ce qui s'est passé entre l'OM et le PSG, samedi à Marseille, est inadmissible. Heureusement que Letizi n'a pas été blessé. En ce qui concerne le pétard de Strasbourg, je suis désolé, mais la décision est scandaleuse pour les Messins. C'est le Racing qui recevait, c'est donc le Racing qui devait assurer la sécurité des joueurs ainsi que celle du corps arbitral. C'est donc le Racing qui doit être puni. »
« Faire jouer plutôt que jouer »
Parlant posément, l'actuel entraîneur de St-Rémy de Provence (DH) occasionnellement consultant sur Canal + est alors rejoint par Dominique Rocheteau. L'ancien « ange vert », celui qui a fait se pâmer de bonheur la France profonde pendant moult glorieuses campagnes stéphanoises, est complètement reconverti. C'est ainsi qu'il oeuvre dans l'édition puisque, depuis six ans maintenant, il présente régulièrement le « Guide du football » (en compagnie de Denis Chaumier) qui connaît un joli succès en librairie. Et puis Dominique n'a pas tout à fait quitté le milieu dans la mesure où il s'investit beaucoup dans la « Fondation du PSG ».« Il s'agit, précise-t-il, de travailler sur une double dimension : sportive et sociale. » Ainsi très proche de la jeunesse francilienne « l'un des plus beaux réservoirs de notre football », Dominique - avec le soutien total de l'ensemble de l'encadrement du club de la capitale - passe des heures et des heures auprès de jeunes qui, très souvent, ne sont pas licenciés. « La tâche est dure, mais exaltante » révèle-t-il avant de replonger dans l'actualité la plus chaude :« Lille premier, Sedan au hit-parade et Troyes en bonne forme ? Mais c'est super ! C'est la preuve qu'il n'y a plus de clubs à mésestimer dans la mesure où, avec les retombées des droits TV, il n'y a plus de petits budgets en D.1. Cela dit, si nos gros ont un peu plus de mal, c'est aussi, il faut bien le dire, parce qu'ils ont souvent été pillés par les étrangers. Notre système de formation a, certes, prouvé qu'il était le meilleur du monde, mais il faudra désormais que chacun à son niveau réflechisse pour que nos meilleurs jeunes ne soient plus tentés de passer les frontières... » Très pris par ses diverses activités, Dominique est forcément de moins en moins souvent en short et en chaussures de sport. « Mis à part l'un ou l'autre match du Variétés, mon boulot est de plus en plus de faire jouer les jeunes que de jouer moi-même. » Cela ne l'empêche pourtant pas d'être optimiste pour l'avenir : « La génération actuelle est montée très haut, mais il ne faut pas être inquiet. Deschamps, Blanc et d'autres ont déjà beaucoup donné. Ils peuvent tranquillement passer le relais. Avec des gars comme Vieira (mais il n'est pas le seul), l'avenir me paraît bien engagé même si nous devons nous convaincre que nous ne serons pas champions du monde tous les quatre ans... »
Manu Amoros (à gauche), Didier Six, l'un des principaux metteurs en scène du match de gala au Palais des Sports, et Dominique Rocheteau ont été champions d'Europe ensemble en 84. Hier, à Mulhouse, les anciens se sont retrouvés et le temps a suspendu son vol...
Serge Realini











