La médiathèque de Guebwiller a proposé la lecture de six romans sur le thème de l'amour. Et d'en débattre après lecture, pour la Saint-Valentin.
IL Y A CEUX qui laissent éclater leur amour dans les colonnes de nos quotidiens pour la Saint-Valentin. Il y a ceux qui ont su en parler avec l'acuité des créateurs. Un petit groupe de femmes a tenté d'en discuter récemment à la médiathèque de Guebwiller, avec Jacques Lindecker, écrivain et critique littéraire à « L'Alsace ». Quelques mois plus tôt les bibliothécaires avaient proposé au public la lecture de leurs coups de coeur, six romans qui parlaient tous d'amour (voir encadré).
Thérapie
Dans cet échange à bâtons rompus, il est clair que chaque participant n'a pas été pareillement happé par les ouvrages. Question de sensibilité personnelle. De vécu aussi, probablement... Ce qui permet d'entrer dans chaque oeuvre, de façon universelle, c'est - bien sûr - son écriture. Comme cette phrase qui a arrêté Eric Holder, dans une lettre qu'il a reçue d'une lectrice de ses romans : « Je suis de celles dont la rente est promesse ». Et c'est pour lui le début d'une histoire amoureuse qui le fait entrer dans un mirage. Et si sa correspondante est véritablement amoureuse, lui n'est « accro » qu'à une situation. Elle est sa muse. Et son aventure une fois terminée fera l'objet de son dernier roman. Richard Morgiève est un homme blessé. Il a écrit deux romans,Ma vie folle et Ton corps qui nous ramènent à l'homme en miettes qu'il fut et qui cherche par ses sensations, et l'écriture, à reconquérir son propre corps.
Affinité incomparable
Morgiève n'écrit pas pour les lecteurs, il fait sa thérapie. « C'est comme un cours de sophrologie », dit une lectrice. Après que sa femme lui a dit son désamour, il dit : « Ça vaut une balle de revolver. Je crois à notre solitude épouvantable ». Alice Ferney, en parle aussi, de cette solitude, mais dans un contexte de bonheur amoureux : « Sommes-nous donc si seuls, et même lorsque nous sommes aimés, que la moindre des complicités galantes nous éclaire et nous comble ? » Et qui mieux qu'elle aura su parler dans un roman de 470 pages de la séduction et du désir ? Un homme en parlerait-il avec une telle perspicacité ? Elle démontre - et démonte - dans une langue ciselée les mécanismes de séduction mis en place par un homme d'âge mûr épris d'une toute jeune femme, et comment celle-ci se laisse prendre, lucide, mais envoûtée. « Elle lui pardonnait tout. Elle était prisonnière du charme. Est-ce qu'on se détache aisément d'un être qui semble ne voir que vous ? » Dépeignant ses héros, Gilles et Pauline : « Il ne faisait que suivre son penchant, se tenir dans la beauté simple d'une affinité incomparable ». « Elle ne parvenait pas à se dire qu'on doit, où que l'on peut, passer à côté d'une passion. Une passion était comme une vie. Il fallait qu'elle fût vécue ».
Contre la mort
Et c'est l'idée de la mort qui nous tenaille, d'après la romancière. « Car ils mourraient tous. Ils allaient tous mourir et cela viendrait plus vite qu'ils ne le croyaient. Les secrets seraient emportés dans les tombes. Les tourments effacés. Comme leurs existences alors sembleraient dérisoires, leurs angoisses stupides ». Le livre a eu un gros succès. Peut-être aussi parce que ses héros suggèrent que l'amour continue même une fois qu'il est mort. Camille Laurens procède par tableaux successifs pour parler des hommes qui traversent sa vie. « Cette démonstration de pouvoir qu'est la cour dans son vain dévidement, j‘ai du mal à le supporter chez les hommes » dit-elle. Jacques Lindecker - qui a adoré son livre - le trouve « violent et osé, il dit des choses et est remarquablement écrit ». Elle aussi, en parlant de l'acte d'amour, parle de « désir commun d'aller contre la mort ». Avec Eliette Abecassis on entre dans un autre monde, celui des juifs très orthodoxes où la femme n'a pas la parole et n'existe qu'en tant que mère. Ainsi son héroïne n'affirme son existence qu'à la fin du livre, en se suicidant. Son mari la répudie car ils n'ont pas d'enfant après dix ans de mariage. En fait, c'est lui qui est stérile, mais son épouse qui en aura la preuve ne le lui dira pas, par amour. Avec les nouvelles de J.M.G. Le Clezio ; on est dans l'univers de la nouvelle, où l'on ne s'installe pas. La première est assez glauque. On y entre ou pas, c'est du Le Clezio, qui de toute façon, comme le dit Jacques Lindecker, a son aura d'aventurier et d'homme du désert. Six romans, qui n'offrent pas que du rêve, mais nous renvoient à nos propres désirs, à nos propres contradictions.
Les romans n'offrent pas que du rêve, mais nous renvoient à nos propres désirs, à nos propres contradictions.











