L'alpiniste Jean-Marie Choffat a fêté ses trente années de montagne. Trente années riches en images, en émotions, en expéditions et aussi en douleurs.
JEAN-MARIE dans sa jeunesse était un gamin turbulent qui en a fait voir de toutes les couleurs à ses parents et à ses instituteurs.
Né le 18 juin 1956 à Belfort, Jean-Marie a découvert l'alpinisme lors d'un camp à Chamonix. Depuis, il a réalisé plus d'un millier de courses, a réussi plus de soixante « premières », donné plusieurs centaines de conférences, a tourné de nombreux films sur l'escalade et a écrit quelques livres sur la montagne. Au départ, le « gamin » éprouvait une légère répulsion pour la montagne, mais une rétrospective sur Y. Terray lui montre la montagne comme un défi et les alpinistes comme des héros. A 14 ans, il quitte l'école pour devenir apprenti menuisier, et c'est seul, qu'il s'attaque aux parois des Roches de Pont de Roide avec une corde que son père utilisait pour attacher les boucs. Avec le club alpin français, il réalise quelques courses avec des amis de rencontre puis entre alors au Groupe Alpin de Haute-Montagne. Il quitte la menuiserie pour entrer chez Peugeot. En octobre 74, il devance l'appel et intègre le 6ème bataillon de chasseurs alpins. Il n'aime pas tellement la vie militaire, mais ne vit déjà que pour la montagne. Un jour, il effectue un examen de fin de stage de chef de cordée. Il gravit une dalle rocheuse, côtée 6 degrés, en tête de cordée et de retour à la base il refera l'ascension seul et sans cordes. Cet exploit lui vaudra d'être moniteur de montagne dans l'armée. La même année, il réalisera la première en solitaire de la voie Couzy Demaison du Mont Aiguille, celle du pilier sud du Gerbier et la traversée des Jorasses. En 75, il effectue les premières en solitaire de la Roche Veyzant et de la Tour du Pleynet. Dans l'ascension de la pointe Agathe des deux Soeurs dans le Vercors, une avalanche l'emporte avec ses camarades : Didier Mateudy, Denis Marias et Claude Pinon. Cela lui vaudra trois semaines d'hôpital.
Conférencier et globe-trotter
En 1977, avec Paul Bertrand de L'Isle Sur le Doubs et Jean Pierrat, il réalise l'ascension de la paroi du bouclier du Gerbier dans le Vercors. Hélas, Jean, victime d'un malaise, se tue dans la descente. La même année, il rencontre Yves Seigneur et s'installe à Salanches au pied du Mont Blanc. Il réalise de nombreuses ascensions et fait la connaissance d'alpinistes célèbres. Patrick Valençant lui proposera de donner des conférences. Ce qu'il fera un peu partout, même en Suisse et en Belgique. En 78, il grimpera beaucoup avec Dominique Jobin et restera bloqué 36 heures dans la face est des Drues. En 1980, c'est l'expédition avec Seigneur au Hoggar, expédition renouvelée en 1982 avec Eric Laheurte et plus de 15 voies nouvelles ouvertes. En 1981, il fera la connaissance de Bernard Vuillemard et de Pascal Laheurte, le début d'une grande amitié. Jean-Marie écrira son premier livre : « les brodequins du soleil » avant de partir en expédition pour la Norvège pour réaliser l'ascension du Troll Tilt de 2100 m. En 83-84, il s'attaque aux cascades gelées d'Ecosse. Jean-Marie est parti aussi au Mali avec la jeune Bernadette Wouters et 800 kilos de médicaments. Il en profite pour ouvrir deux voies dans les monts Omborri. En 82, il produit ses propres montages audio visuels : « Sahara, au pays des hommes bleus ». En 84, avec Philippe Michaud, un copain d'armée, il réalise l'ascension de l'Eperon Walker des Grandes Jorasses, du pilier Bonatti dans l'aiguille des Drues, du pilier central du Freney de triste renommée. Mais, Philippe Michaud se tue dans la face nord de l'Eiger. En 1985, c'est l'expédition en Espagne avec Pascal Champandal, Pascal et Eric Laheurte. Les expéditions vont se succèder : le Maroc en 85, en 86 le Kenya et la Terre de Baffin dans le grand nord canadien, en 87 l'Ecosse, en 88 la voie centrale du Pic Lénine (7135 m), en 89 à nouveau le Kenya.
1500 courses
1990, c'est le début de sa maladie alors qu'il prépare une expédition en Patagonie. Diagnostic : cancer hépathique. Parler de la maladie devient un besoin et il écrit le livre « Un homme debout ». En 1992, il entre au groupe de haute montagne, en sera le secrétaire de 93 à 98 et vice-président de 1999 à 2000. Depuis 1990, Jean-Marie repartira au Maroc, puis en 1995 en Jordanie, en 1998 dans le désert du Niger et en 1999 en Iran repèrer des voies. C'est là qu'il aura la grande douleur de perdre son meilleur ami, son frère, Pascal Laheurte. Jean-Marie aura perdu en montagne un grand nombre de ses amis sans oublier Alain Trimaille emporté par une avalanche dans les Vosges en 1983. Durant ces trente années, Jean-Marie aura réalisé 1500 courses, donné 600 conférences et réalisé 80 premières. Il a aussi écrit plusieurs ouvrages dont le dernier « Une nuit, l'éternité » avec Michel Devaux. La maladie ne l' a pas empêché de grimper, mais désormais, en attente d'une greffe, il est obligé de rester en stand by quelques temps. Mais, il faut saluer le courage de ce passioné qui ne saurait vivre sans la montagne.
Jean-Marie Choffat : un homme debout fou de montagne.
Dominique Lhomme











