Pourriez-vous tuer pour une poignée de porte de mauvais goût ? Emporteriez-vous des copies de Picasso pour décorer votre bivouac ? Eux, c'est sûr et ils l'avouent ! Eux, ce sont les fashion victims du tapis, les snobs qui s'assument - « bien sûr que nous avons l'électricité, mais uniquement pour les Powerbooks » - ou les branchés parvenus - « nous adorons recevoir dans notre dressing-dining room, même nos amis qui travaillent dans l'art contemporain sont impressionnés ! ». Le crayon de Jean-Philippe Delhomme traque leurs petites angoisses d'accro du meuble et de l'objet. En une soixantaine de planches, le dessinateur attitré du magazine Vogue croque une critique drôle jamais féroce et subtile de ces bourgeois bohème, les « bobo » dont on voit fleurir le profil dans les médias, eux qui vivaient jusqu'à présent cachés, accrochés à leur catalogue Vitra depuis des lustres. Il fallait bien une relance économique sur fond d'air toujours pollué mais plus frivole pour légitimer un livre apparemment si futile. Et c'est tant mieux car on se déride bien les zygomatiques à rire ainsi de soi-même.
« Le drame de la déco », Jean-Philippe Delhomme ; éditions Denoël, 96 p., 125 F.











