Photographe de mode des années soixante, Dieter Schnerring est devenu un ténor reconnu à travers le monde entier. Enfant de Weil am Rhein, il vient d'enregistrer son neuvième CD : Ave Maria.
SI L'ON NE PARLE PAS tellement de Dieter Schnerring, c'est que ce ténor du Markgräfflerland se consacre davantage au récital qu'à la scène. Même s'il chante sur les scènes du monde entier, notamment aux États unis où il est très demandé et où il possède une maison, il revient volontiers chez lui, à Lörrach où il a vu le jour, à Weil am Rhein, où il a passé toute sa jeunesse, à Fribourg, où il a fait ses débuts. Il vient de publier son neuvième CD sous le titre Ave Maria. Mais, en fait, il ne s'agit pas d'une compilation des Ave Maria les plus célèbres. Ave Maria, c'est l'un des 16 titres de ce CD paru chez Classics Elite Special. Il s'agit de celui de Franz Schubert. Ce CD n'est pas non plus un disque de musique sacrée.
Mélodies
Dieter Schnerring mélange les airs d'opera, les mélodies, les lieder et les chants sacrés. Ainsi, à côté de l'Ave Maria de Schubert, de l'Ave verum, de Mozart, du Panis angelicus, extrait de la messe solennelle de César Franck et de l'Agnus Dei, extrait de l'Arlésienne, de Georges Bizet, Dieter Schnerring propose « Imbra mai fu ». Cela ne vous dit sans doute rien. Il s'agit tout simplement du célèbre « largo » de Georg Friedrich Haendel, extrait de son opéra « Xerxes ». La voix de Dieter Schnerring n'a pas la puissance de celle d'un Pavarotti. C'est une voix plus suave, très mélodieuse. Pas étonnant par conséquent qu'il ait retenu pour son disque des sérénades, des berceuses, des arias. Si la Serenata, de Francesco Paolo Tosti ne vous dit pas grand-chose non plus, en revanche, celle d'Enrico Tosselli fait partie de ces oeuvres que tout le monde fredonne souvent sans savoir de quoi il s'agit., tout comme la berceuse Guten Abend, gut'Nacht, de Johannes Brahms, par laquelle se termine l'enregistrement. Autre sérénade au programme, celle de Ricardo Drigo, extraite des Millions d'Arlequin. Tel quel, ce disque est intéressant, dans la mesure où il mélange un peu les genres (ce qui évite de tomber dans la rigidité et l'ennui). Un peu de baroque (Haendel), un peu de classique (Mozart), beaucoup de romantique, de la musique allemande, de la musique italienne, de la musique française ; il y en a incontestablement pour tous les goûts. Et Dieter Schnerring excelle dans cet exercice de style. La voix est chaude, agréable, expressive, précise. On peut l'écouter pour son plus grand plaisir, comme on peut la mettre un peu en sourdine si l'on veut simplement une musique d'ambiance agréable.
Débuts à Huningue
Le CD a été enregistré avec divers orchestres, aussi bien le Wiener Promenaden Orchester de Hans Hagen, que le Kammer Orchester de Michaël Scholowsky, le Studio Orchester d'Anton Illenberger ou le Budapest String Orchestra, sous la direction de K. Botvay. Et ce disque ne sera pas son dernier. Il en a déjà un dixième en préparation, une oeuvre collective avec quelques autres ténors, consacrée à Puccini, et plus particulièrement à des airs de Tosca. Cela nous changera un peu de l'inflation de Verdi annoncée pour l'an 2001, à l'occasion du centenaire de sa mort. Dieter Schnerring est venu au chant relativement tard. Il a donné son premier récital à l'église de Huningue, en 1967. « J'avais touché à l'époque 50 DM », se souvient-il. Puis il a chanté (déjà) le Largo de Haendel et l'Ave Maria de Schubert lors du concert de jumelage de Weil am Rhein et de Huningue. En fait, même s'il est né dans une famille de musiciens (son père était président des sociétés chorales du Markgräfflerland), il a commencé à gagner sa vie comme photographe de mode en Suisse. C'est son frère, baryton, qui l'a amené au chant. Un jour, alors qu'il buttait sur une difficulté, il dit à son professeur de chant : « ce que moi je ne peux pas faire, mon frère le fait très facilement ». C'était la réalité. Dieter a donc travaillé le chant à Bâle, avec Panosetti puis, à la mort de ce dernier, à la Musikhochschule de Karlsruhe avec Scipio Colombo. Mais son véritable maître a été le chanteur d'opéra Carlo Zattoni. Il abandonna alors les récitals dans les églises pour les scènes d'Amérique (il est régulièrement invité à des tournées aux États Unis et en Amérique du Sud), d'Australie, d'Extrême Orient, et plus particulièrement de Hong Kong.
263 titres
Le ténor, qui a à son répertoire des centaines de titres, peut en permanence proposer cinq programmes différents. Il chante aussi bien avec accompagnement de piano qu'avec un orchestre symphonique ou un orchestre de chambre. Avec son neuvième CD, disponible chez tous les disquaires de la Regio, ce sont quelque 263 titres qu'il a enregistrés. Sélection lui a en particulier consacré un titre de sa collection Les grands ténors allemands, à côté de René Kollo, Rudolph Schock, Fritz Wunderlich et Siegfried Jerusalem. Excusez du peu. Jean-Marie Schreiber
Dieter Schnerring aime bien revenir à Weil am Rhein.
Ital. Press 2000
Ave Maria, son petit dernier.











