Dans une lettre qu'il nous a adressée, Roger Siffer, l'enfant de la vallée de Villé, a pris position sur les histoires de poules qui agitent le landerneau politique local. Il compare avec humour le projet d'élevage de son ami Schmidt au projet d'écloserie industrielle. Nous en donnons de larges extraits : « Voici venu le moment des grandes résolutions. D'aucuns décident, comme chaque année, d'arrêter de fumer, d'autres, d'apprendre le Gudjurati, moi j'ai pris la ferme décision de me remettre aux mathématiques. C'est mon copain d'enfance et ''classier'' Batis (Schmidt Jean-Claude pour l'état civil, Batis du fait du prénom de son grand-père) qui m'a inoculé le virus. Faut dire que déjà, à la salle d'asile (école maternelle chez soeur Ancilla), il était un fameux mathématicien, le plus fort de nous tous pour calculer à quelle vitesse courir, à combien de mètres se laisser tomber, et combien il fallait faire de roulades pour arriver exactement sous les jupes de Anne-Marie S., afin de pouvoir reluquer sa culotte. Schmidt donc, alors que j'essayai de faire un rapport entre le poids d'une autruche pensionnaire chez lui à la Bosse et la taille de son cerveau afin de voir si elle était à même de s'adapter dans la vallée sans qu'elle nous complexe, Schmidt donc m'annonce que son projet d'élevage de poulets dans la nature au bord du Luttenbach et des sources de la Bosse avait obtenu un avis défavorable du maire de Neuve-Eglise : 300 poulets par mois, élevés aux grains, cela était hors de question, à moins de leur installer l'eau courante, le gaz à tous les étages, une lance à incendie, un contrôle anti-sismique, un compteur d'ondes telluriques, et le télégraphe Chappe pour prévenir en cas d'attaque extra terrestre.
Pas d'Hamlet sans casser d'oeuf
Dommage, 300 poulets ''normaux'' par mois nous auraient changés des milliers de vaches folles et auraient créé un emploi à plein temps. Schmidt était d'autant plus marri qu'à quelques jets de pierres de là, dans la ZI de Triembach, une société allemande semblerait-il, a obtenu l'autorisation d'installer un élevage en batterie (si je dis ça à Bové il se suicide) qui fabriquera (''fabriquera'', je pense que c'est la bonne expression) plus de 20 000 poussins par jour, c'est à dire sur le pouce d'après Schmidt, 5 millions de poussins par an. Quand le monde entier essaie d'arrêter les élevages en batteries, le Val de Villé commence à s'y mettre et prend cette décision pendant le Forum 100 % Nature. En vérité je vous le dis, la batterie est en danger. Trève de plaisanteries, quid en cas de panne ? Impossible d'après la teutonne firma. La seule nuisance, d'après le maire de Neuve-Eglise cette fois, pourrait venir de l'un ou l'autre oeuf défectueux. ''Etre ou ne pas être empuanté'' disait Shakespeare dans : ''Pas d'Hamlet sans casser d'oeuf ". Et là, ma calculette n'a fait qu'un tour, et que personne ne me reproche mon côté soixante-huitard attardé allergique aux ''poulets''. Toutes celles et ceux qui ont eu un jour dans leur entourage une ''Gluck'' (poule couveuse) en train de ''briadle'' (couver) m'accorderont que sur une dizaine d'oeufs couvés, il arrive (même si c'est assez rare), qu'un oeuf soit pourri. Soit, 10 % de la ponte. J'ai donc révisé le chapitre sur les probabilités, et au lieu des 10%, en optimiste que je suis, je suis parti sur 1%. Mazette, ça fait quand même du 200 oeufs pourris par jour ça, soit 6 000 par mois, 72 000 par an.
Les reliques au Saint-Gilles
Le Galgenrein va retrouver ses vieilles odeurs de gibier de potence (un conseiller municipal riverain nous assure que les odeurs seront stoppées net par la rivière Luttenbach et n'atteindront pas Villé). Moi je crois tout. Mais je propose que les riverains aillent jeter 200 oeufs pourris lors de la prochaine réunion de la communauté des communes, histoire de voir d'où vient le vent. Donc fort de mes résolutions mathématiques, je me livre à un autre calcul. Cette couveuse doit créer 30 emplois, 30 emplois pour 600 000 poussins par mois, ça fait du 20 000 volatiles pour un emploi et mon pote, lui, créait un poste pour 200 ''Bibele'' (poulettes). Proportionnellement Schmidt crée donc 100 fois plus d'emplois pour la vallée. Décidément, Batis, tu es un saint. Si jamais tu meurs avant moi, je te jure que je mettrai tes reliques au Saint-Gilles.»











