Hubert Muller, de Liebenswiller, c'est l'un des paysans pionniers qui ont lancé la belle aventure agricole des roseaux de Chine dans la Régio, il y a sept ans. Un chantier en veilleuse partout.
U n besoin infime en eau. Pas d'entretien. Pas d'engrais. Une couverture végétale permanente, parce qu'il plie mais ne rompt pas, même sous la tempête et la neige : le roseau de Chine, introduit en Europe en 1930, enfant chéri des protecteurs de l'environnement, combustible de choix, matériau d'amendement des sols, matière première pour l'industrie, a séduit les pionniers danois, puis suisses, allemands et alsaciens. Mais, pour Hubert Muller, membre de l'association Probio (pour la production, la promotion et le développement de la biomasse), l'expérience, pour l'instant, à Liebenswiller, comme dans toute la Régio, est à l'état végétatif.
Organiser les débouchés
En 1993, la chambre d'Agriculture d'Alsace opte pour ce projet de culture de roseaux de Chine (les Miscanthus Sinensis Giganteus), sur des parcelles expérimentales, comme relève possible à la production excédentaire de denrées alimentaires et de fourrages, qui précarisent la situation financière des agriculteurs. Vingt agriculteurs haut-rhinois, dont trois sundgoviens (Mathieu Ditner, à Ammertzwiller, Bernard Schoeffel à Hagenthal-le-Bas, et Hubert Muller à Liebenswiller) fondent l'association Probio. Chacun plante en jachère industrielle un demi-hectare de roseaux de Chine, alternative à la production d'énergies. Certaines variétés de roseaux de Chine, en effet, résistent au froid et à la sécheresse, aux maladies, aux insectes, n'ont besoin d'aucun intrant chimique. Plantés entre la mi-mai et la fin août, dans des zones fragiles à captage d'eau, pérennes (vingt à trente ans de récoltes sur les mêmes souches), récoltés, ce qui est un avantage, sur une longue durée (fin février à mi-mai), ils meublent les paysages d'hiver désertiques, et offrent un refuge inestimable aux gibiers, chevreuils et sangliers. Débouchés annoncés ? Tout d'abord le chauffage : un hectare donne vingt tonnes de roseaux de Chine par an, l'équivalent de 8 400 litres d'huile de chauffage (le collège d'Illfurth, équipé d'une chaudière bi-énergie, gaz et biomasse, peut en brûler). La production d'énergie, également, la fabrication de matériaux d'emballages biodégradables, les palissades coupe-vent (quatre à cinq mètres de haut), la parade aux risques d'inondation engendrés par l'urbanisation galopante et le maïs, la confection de vaisselle incassable, légère, lavable en machine, les liants et absorbants d'huiles et graisses pour nettoyer et dépolluer, les produits jardinage (anti-limaces), les alternatives non polluantes aux produits dérivés du pétrole, les isolants du bâtiment, les emballages, etc.
Pas encore rentabilisé
Liebenswiller comptait, il y a vingt-cinq ans, dix-sept agriculteurs. Aujourd'hui, Hubert Muller, producteur laitier (quarante vaches laitières montbéliardes et Holstein) est seul. Son demi-hectare de roseaux de Chine, que l'on peut voir, en toutes saisons, en contrebas de la route qui va vers Oltingue, au sortir du village, est en veilleuse. « Les 15 000 F de mise en place, explique-t-il, avec les plants achetés aux Suisses qui nous ont aidés et ont acheté les récoltes les deux premières années, mais ont cessé depuis, n'ont pas encore été rentabilisés. Bruxelles nous donne 1 500 F par an pour ce demi-hectare, au titre des jachères industrielles. La récolte est aujourd'hui stockée pour remplacer la litière des animaux. Quelques particuliers en achètent pour des palissades. » Hubert Muller aime son métier. Il est soucieux de l'environnement. Il aime les animaux. « Mais il faut que les subventions et les débouchés suivent ! » Le ministère de l'Industrie, les PME, doivent prendre le relais, étudier, organiser les débouchés (voir encadré). Quant au jeune agriculteur, plus prosaïquement, il songe à long terme, au tourisme à la ferme, quand ses deux petites filles auront grandi…
Refuge pour les chevreuils, les sangliers et les oiseaux, les roseaux de Chine pérennes valent bien une belle oeuvre d'art !
Eugène Groellin











