La plasticienne Valérie Ruiz présente à l'hôpital de Mulhouse sa nouvelle création audiovisuelle, réflexion en trois volets sur la matière, le quotidien et l'humain.
TROIS lits relevés, comme trois écrans verticaux. Trois propositions visuelles réalisées en vidéo composent le triptyque de la dernière création de Valérie Ruiz. L'installation n'est ici que le résultat d'un premier travail d'approche du sujet, de la matière et du lieu. Le lieu, c'est l'hôpital Émile Muller de Mulhouse. « Ce n'est pas un travail fini, il transpire encore, la rencontre continue », insiste l'artiste. La genèse du projet s'inscrit dans une continuité. Peintre, Valérie Ruiz a, ces dernières années, investit le champ du théâtre avec la compagnie Carcara. Une « mise en scène » de sa démarche de plasticienne qui a fait évoluer son travail vers la vidéo et la performance en direct. Cette mise en jeu du « je » de l'artiste, vécue sur scène au théâtre, se retrouve investie dans cette nouvelle création, dont le vernissage s'est déroulé lundi dernier. Valérie Ruiz a créé en direct le troisième volet de son oeuvre dont les deux premiers pans ont été préréalisés. Cette action vivante, enregistrée à son tour, est venue s'ajouter aux deux premiers volets pour constituer le triptyque tel qu'il est actuellement visible. « L'Humain devient aussi matière », suggère Valérie Ruiz.
L'humain devient aussi matière
Pour initier cette nouvelle proposition vidéo-plastique, Valérie Ruiz a repris le chemin de l'atelier. L'acte de peindre s'inscrit dans la transparence d'une baie vitrée dans une perspective où la matière (eau et savon appliqués sur la vitre, puis effacés, puis retravaillés) se confond avec le corps de l'artiste et le paysage, figure originelle de la peinture. Le geste du peintre esquisse une troublante chorégraphie, une pulsion réellement poétique. Ce volet initial centré sur la matière et l'espace imaginaire du peintre doit se lire en regard du second écran du triptyque. La réalité et le quotidien d'un hôpital , et plus particulièrement du service de rééducation fonctionnelle, ne concède à l'esthétique que l'architecture des locaux et la forme des agrès. Car l'essentiel, c'est la matière humaine, la présence des corps des patients qui opposent une chorégraphie de réapprentissage aux mouvements du peintre sur sa toile translucide. Valérie Ruiz à son tour se réapproprie ces signes, ces matières et accessoires (eau, bandages, moulages orthopédiques, masques utilisés pour les grands brûlés…). C'est elle qui en réalise la synthèse, dans une interprétation extrêmement sensible soulignée par l'intervention musicale de Michel Moglia. Ne nous trompons pas, ce travail relève plus de la peinture que de la vidéo. Le paysage, espace horizontal se redresse comme le corps, à nouveau debout, résistant à la gravité de la chute. Le triplement de cette figure dans l'espace réinstalle l'horizontalité d'un tableau classique, redonnant un équilibre à l'ensemble reconstitué. Le recouvrement et l'effacement de la matière sur la transparence d'une verrière, renvoie à l'évidence au travail de gravure. Et l'idée même de triptyque s'inscrit dans la tradition du retable. L'intervention de Valérie Ruiz dans cet hôpital, avec le soutien courageux de son directeur André Fritz, du personnel, mais aussi la réelle implication de certains patients, respectueuse de l'intégrité des personnes, remet en perspective, de manière pertinente, la question de la modernité même de la peinture dans l'art d'aujourd'hui et celle de l'humanité dans le monde d'aujourd'hui.
VOIR Installation diffusée jusqu'au 17 décembre, salle du CME, hôpital Émile Muller-Moenchsberg à Mulhouse : le 15 décembre de 11 à 19 h, les 16 et 17 décembre de 10 à 18 h. Entrée libre.
Photos Serge Realini











