Le Frac Alsace ouvre sa salle d'exposition à six collectifs de la région. Une opération carte blanche pour sortir des expositions institutionnelles.
Le Fonds régional d'art contemporain joue l'ouverture. Son directeur, Pascal Neveux a décidé d'ouvrir la salle d'exposition de l'espace sélestadien aux courants des collectifs d'artistes travaillant en Alsace. La donne offerte aux artistes est simple : ils installent leurs créations dans la salle le mardi. Le public est accueilli dès le lendemain et jusqu'au dimanche soir. Le lundi est réservé au démontage pour laisser la place au collectif suivant dès le mardi matin. « Les collectifs ont la possibilité de développer dans l'espace d'exposition du Frac un projet, mais aussi d'activer cet espace dans le temps sous la forme d'événements ponctuels, de rencontre, de débats », explique Pascal Neveux. Pour cette opération baptisée Prime Time, le Frac a mis à la disposition des artistes des moyens bien définis : « La salle, un carton d'invitation commun pour les six collectifs. Et c'est tout.» Déjà certains groupes invités se sont plaints de ne pas obtenir d'aide à la création. Premier à exposer, Gruppo Sportivo a affirmé ne pas être gêné par cette politique de moyens limités : « Nous pouvons créer avec très peu de moyens,» a affirmé Manfred Sternjakob, membre du collectif. En fait la création de ce groupe était très « radicale » comme la qualifiait Pascal Neveux. Peu de moyens, certes, mais aussi une créativité plus que limitée : une salle totalement vide et quelques haut-parleurs diffusant toutes les deux minutes des éructations et des borborygmes pendant quelques secondes. Et rien d'autre. Créer une rencontre avec le public, avec une telle proposition, relève du défi.
Cette semaine, et jusqu'à dimanche soir, la verrière du Frac part à l'assaut du passant dès la nuit tombée. Le piéton qui se promène au bord de l'Ill peut voir la vidéo créée par les Pisseuses lors de leur résidence à Lisbonne en mai et juin dernier.
Un phénomène sur la scène artistique européenne
Sophie-Charlotte Gautier, Gaëlle Lucas et Cathryn Boch ont profité de ce séjour pour en rapporter des vidéos, des dessins et des photos. Dans la salle, elles jouent des distances, des formes, des graphismes. Une grande sensibilité féminine se dégage de leurs créations pour séduire le regard, raconter avec humour. Ce trio féminin avoue une interactivité créatrice : « Nous travaillons seules, mais aussi en groupe.» Pour Pascal Neveux il était important d'ouvrir la salle aux collectifs : « Ils jouent un rôle déterminant sur la scène artistique européenne. Ce phénomène n'est pas nouveau car il y a toujours eu des groupes d'artistes, mais leur propos semble aujourd'hui moins idéologique que celui des groupes des années 70. » L'expérience est intéressante. Reste voir comment les rencontres vont pouvoir fonctionner, et si effectivement les collectifs vont jouer cette carte de l'échange, du forum.
Y ALLER FRAC de Sélestat, mercredi - samedi, 14 - 18 h. Dimanche, 11 - 18 h. Entrée libre. Jusqu'au 17 décembre : Les Pisseuses de l'Aceca Lézarts. Du 3 au 7 janvier : Le Faisant. Du 10 au 14 janvier : Chambre à part. Du 17 au 21 janvier : Forum itinérant. Du 24 au 28 janvier : Bernard l'hermite, atelier de l'évidence.
« Les Pisseuses » : pour séduire le regard.
Dominique Gutekunst











