On ne peut pas interrompre la chaîne des déchets animaux. Des entrepôts ont dû être désignés d'urgence en Alsace pour stocker les farines animales en attendant leur incinération.
Pour l'Alsace, deux entrepôts de la société Sogema au Port de Strasbourg ont été désignés mardi par arrêté préfectoral (lire L'Alsace d'hier) pour accueillir, dès aujourd'hui ou demain, les premières farines animales de la région. Il s'agit de deux bâtiments distincts, à l'écart des habitations, pouvant contenir l'un 600 tonnes, l'autre 2000 tonnes. Les farines proviendront de la société Saria à Illzach, la seule usine d'Alsace collectant les déchets issus des boucheries de la région et les transformant en farines.
« Pas de quoi paniquer »
L'opération est soumise à un cahier de charges strict. « C'est un cahier global, qui couvre toutes les opérations, c'est à dire le transport, le stockage et l'élimination des farines », précise Jacques Herbaut, ingénieur à la Direction régionale de l'industrie, de la recherche et de l'environnement (DRIRE) responsable de l'inspection des installations classées du Bas-Rhin. Le cahier de charges est de type national, c'est à dire qu'il a été établi pour l'ensemble des sites désignés par le préfet Jean-Paul Proust, chargé de coordonner le dispositif d'élimination des farines et graisses animales. « Les farines présentent de risques comparables à celles des céréales, qui peuvent s'enflammer ou fermenter ou encore être la cible de rongeurs et d'insectes », note Jacques Herbaut, qui indique également que les véhicules de transport feront l'objet de nettoyages et de désinfections. Il précise qu'en France on distingue trois espèces de déchets : ceux à haut risque, qui partent dans une filière spécialisée, les déchets habituels et enfin les déchets à bas risque qui ne sont pas susceptibles d'être contaminés.
Produits à bas risque
« Nous appliquons le principe de précaution absolue, car dans ces farines, on n'a jamais trouvé de prions, dit-il. Il n'y a pas de quoi paniquer ». A terme, les farines seront incinérées mais on manque d'usines spécialisées, souvent des cimenteries avec un équipement adapté. Ce qui n'est pas le cas de la cimenterie Origny à Altkirch où l'on commence à brûler des graisses animales seulement (voir ci-dessus). « Des cimenteries en Lorraine sont en train de s'équiper mais en attendant, il faut entreposer ». Pour lui, le stockage des farines représente« moins de danger qu'un silo à céréales : les farines sont moins inflammables. Et nous maîtrisons plutôt bien les contrôles de température, la limitation de la hauteur des tas ». Du côté des services vétérinaires du Bas-Rhin, même son de cloche rassurant. « Ce ne sont pas des farines à risque, assure le Dr Josiane Condé, directeur. Ce sont des déchets d'où les matériaux à risque ont été retirés ». Ces matériaux à risques sont les têtes de bovins, des ovins et des autres animaux de boucheries, les rates, les thymus, les intestins qui depuis 1996, partent dans un circuit haut risque pour être éliminés séparément, circuit où sont également éliminés les animaux suspects saisis par les services vétérinaires dans les abattoirs. Du côté de la Ville de strasbourg enfin, on affiche également confiance et sérénité. « Sur le site, d'habitude on stocke des céréales et le personnel est formé, indique Claude Lienhard, adjoint chargé de l'environnement. Les farines sont techniquement des produits à bas risque. On ne peut pas appliquer le principe de précaution sans en tirer les conséquences ».
Les premiers camions chargés de farines carnées arriveront aujourd'hui ou demain à la Sogema au Port du Rhin, à Strasbourg.
Jean-Marc Loos











