Avec l'hôtel de ville, le tribunal compose un ensemble architectural dont l'aspect extérieur n'a guère changé depuis sa construction. Rétro... visions.
LA PREMIÈRE pierre de la mairie a été posée en grande cérémonie le 30 septembre 1932, en présence des députés de Grammont et Genoux et du préfet Amédée Thierry. Le maire de Lure était alors Auguste Perret. Dans sa « Promenade dans le vieux Lure » Jean Girardot rappelle que, pour l'occasion, une médaille commémorative, frappée à trente exemplaires, fut remise aux autorités présentes. Pour construire cet ensemble de bâtiments, on a dû démolir ceux qui se trouvaient là et qui étaient en fort mauvais état. La plupart dataient du XIIIe siècle et étaient extrêmement vétustes, malgré des tentatives de rénovations toujours limitées en raison du manque de moyens. Ce pâté d'immeubles comprenait la mairie, les halles, les prisons et le tribunal. La décision de le remplacer fut prise à un conseil municipal daté du 13 décembre 1777, le maire étant alors Claude Joseph Michel, et mise à exécution 55 ans plus tard ! Durant la durée des travaux, les locaux de la mairie furent installés dans une maison louée par la municipalité au centre de la Grande-Rue. Les plans de l'Hôtel de ville ont été faits par Plaisonnet, tandis que ceux du tribunal sont dus à un architecte né à Lure en 1805, Félix Hercule Grandmougin. Dans le hall de la mairie ont été placés une statue de Saint-Adrien datant du XVe siècle, comme la pierre sculptée aux armes de l'abbé Jean Rodolphe Stoer, qui surmontait la « Porte du Bas ». Le vase de pierre avait été offert par un sous-préfet et surmontait, à l'origine, la « Fontaine Durin » placée à l'angle de la Grande rue et de la rue Pasteur. Il date du XIXe. Les couleuvrines (pièces d'artillerie), proviennent du château du Saulcy.
Le spectacle de la justice
Sur la place publique située vers le tribunal, les Lurons allaient assister à certaines exécutions capitales. Le mardi était jour de marché et de justice. Quand les magistrats estimaient que la punition serait exemplaire, ils ordonnaient qu'elle se déroule en public, à cet endroit très fréquenté. Les autres exécutions avaient lieu au sommet du Mont-Randon où étaient dressés les gibets. Jean Girardot rapporte quelques-unes de ces mises à mort. Le 19 juin 1654, deux habitantes de Plancher-Bas et Plancher-les-Mines, accusées de sorcellerie, furent décapitées avant que leurs corps soient jetés sur un bûcher. En 1750, un homme de Fessey-Dessous, condamné pour vol et assassinat, eut les bras, les mains, les jambes et les cuisses rompus en public, un jour de marché ! Il fut ensuite attaché sur la roue jusqu'à ce que mort s'ensuive. Son corps, coupé en deux, fut enfin exposé sur la place du village de Plancher-les-Mines jusqu'à décomposition ! Certaines peines étaient plus « légères ». C'est ainsi qu'en 1705, un homme fut mis au carcan durant trois heures, sur la place de Lure, portant un écriteaux précisant « Blasphémateur, pour avoir juré le saint nom de Dieu ». Ces habitudes que nous jugeons barbares ont disparues. Il en est de même des « petites peines » que les juges infligeaient encore, au début du XXe siècle à des délinquants accusés du vol d'une robe (15 jours de prison), d'un outrage à gendarme (8 jours de prison), de bris de clôture (6 jours de prison) ou de mendicité (6 jours de prison)...
SOURCES Promenade dans le vieux Lure par Jean Girardot. Remerciements à Jacques et André Lassauge.
Le tribunal et l'hôtel de ville, au début du siècle.
La place du tribunal de Lure en habits de lumière.











