C'est un putsch colossal, une affaire aussi énorme que le masque de fer, un tremblement de terre sans précédent qui relègue le duel Bush - Gore au rang d'anecdote de l'histoire : depuis hier, Pelé ne serait pas « LE » footballeur du siècle. « LE » ? Oui, « le » seul, « le » grand, « l »'extraordinaire, « l »'inimitable, etc. C'est en tout cas l'avis de Joseph Blatter et de l'omnisciente Fédération internationale de football, qui a décidé d'accorder ce titre conjointement au Brésilien Pelé et à l'Argentin Diego Maradona, qui menaçait de boycotter le gala de la FIFA si on ne lui décernait pas ce titre de footballeur du siècle, donc de tous les temps. Cette décision hallucinante, voire hallucinogène de la plus haute instance du foot se fonde sur un sondage internet, qui a débouché, à la surprise générale, sur un vote massif de jeunes internautes en faveur de Maradona. Ménageant la chèvre et le chou, la FIFA a donc estimé que Pelé était le joueur du siècle « famille du foot », le Pibe de oro étant le joueur du siècle « internet». Bien sûr, les vrais amoureux de ce sport feront forcément la différence entre le vainqueur de trois Coupes du monde, auteur de 1285 buts en 21 ans de carrière, et Diego - « la main de Dieu », qui a malheureusement fait autant parler de l'artiste du ballon qu'il était, que du cocaïnomane qu'il est devenu. Bien sûr, ce choix fédéral n'est pas innocent : Maradona, produit d'une surmédiatisation très « fin de siècle », ne pouvait pas ne pas être cité. Il en allait de la crédibilité d'une fédération auprès d'une jeunesse surfeuse, qui est également consommatrice en puissance du produit football. On peut s'estimer heureux : à quelques années près, le champion du siècle s'appelait Pikachu.











