Dans une ambiance électrique, les élus de droite et de gauche se sont renvoyés la balle hier à l'occasion de l'ouverture de la session budgétaire de l'assemblée départementale. Où il a été plus question de la responsabilité d'une situation de blocage que de l'avenir de la Haute-Saône.
SI LE président Marc Roussel (PRG) est en convalescence depuis huit mois, le Conseil général de Haute-Saône est malade depuis plus longtemps encore.
Précisément depuis les élections cantonales de mars 1998 qui ont vu la droite et la gauche se répartir équitablement les 32 sièges de conseillers généraux, la gauche décrochant la présidence au bénéfice de l'âge. Marc Roussel une nouvelle fois absent, c'est le premier vice-président, Jean Reyboz (divers droite), qui a présidé hier le débat d'ouverture au budget primitif 2001, en préambule de la discussion sur le fond qui aura lieu les 21 et 22 décembre prochains. A l'évidence, il faudra, en fin de semaine prochaine, que les uns et les autres fassent preuve d'une ouverture d'esprit bien plus large que celle affichée hier pour arriver à un accord acceptable par tous. Car la situation est aujourd'hui totalement bloquée, à tel point que le report de l'examen du budget primitif au lendemain des élections de mars 2001 n'est aujourd'hui exclu par aucun des deux camps.
Règlements de comptes
Hier matin, c'est à une partie de ping-pong que se sont livrées les deux équipes, droite et gauche se rejetant mutuellement la responsabilité d'une évidente situation de blocage. Une fois lu le message du président Roussel, transmis par fax dimanche après-midi à Jean Reyboz, et la présentation du budget par le rapporteur Michel Federspiel (lire par ailleurs), Charles Gauthier, le conseiller général (divers droite) de Dampierre-sur-Salon, attaque en dénonçant « la présentation très déformée des responsabilités qui nous ont conduit à cette situation ». Le ton est donné et si le porte-parole du groupe de droite promet que « seule la question de savoir si c'est un bon budget » guidera l'action de la « minorité égalité », l'heure paraît être aux règlements de comptes, au lendemain d'un week-end politique au cours duquel les uns et les autres ont préparé les armes en vue des batailles électorales -cantonales et municipales- de mars 2001. « Où nous conduit la stratégie de pouvoir du groupe de gauche?», interroge Charles Gauthier qui lance à ses adversaires : « À cet instant, vous êtes minoritaires et nous sommes majoritaires.» Et l'élu divers droite d'évoquer la proposition de « cogestion » faite il y a deux ans et demi par ses amis avant d'ajouter : « Vous nous avez opposé le tout ou rien. Aujourd'hui, les Haut-Saônois sont las de ces querelles. Et nous nous posons des questions sur la sincérité des budgets. Est-il exact que plus de 200 MF d'emprunt pour financer des travaux ont été votés et jamais réalisés », demande Charles Gauthier en regrettant l'apparition, dans le budget primitif 2001, de « nouveaux coûts mais pas de politiques nouvelles. Il est inutile de faire croire qu'il y aura de nombreux travaux sur les routes alors que l'on sait déjà que ce n'est pas vrai », indique l'élu divers droite qui réclame, une fois encore, la mise en oeuvre d'une commission mixte permettant à la gauche et à la droite de gérer ensemble les affaires départementales. Après une suspension de séance d'une vingtaine de minutes, c'est Yves Krattinger, le conseiller général de Rioz et patron du PS haut-saônois, qui lui répond.
Tentative de coup d'État
Le ton est ferme sur un plan politique -« En 1999, les électeurs de Noroy-le-Bourg, parfaitement conscients de l'enjeu de l'élection partielle, ont choisi de conforter un président de gauche »- en même temps qu'il se veut chaleureux au niveau sentimental avec un hommage très appuyé au président absent qui « récupère peu à peu sa motricité et doit faire face à une pression morale intolérable ». « Nous travaillons dans une situation d'inconfort particulière », reconnaît Yves Krattinger pour qui, « en dépit des difficultés, la gauche est en mesure de présenter un bilan très positif », tant au niveau des projets portant sur les infrastructures routières que du développement économique ou touristique. Plus que les recours infondés à l'emprunt -le maire de Rioz se basant, pour sa démonstration, sur la gestion de la droite lors des années 87, 88 et 89-, c'est la mise en place des pays ou encore la baisse du chômage qui, selon lui, prouvent la vitalité de la politique départementale depuis trois ans. Et Yves Krattinger de lancer à ses adversaires : « C'est un bon budget et, pour être meilleur, il peut être amendé. Sachez cependant que nous ne cautionnerons pas un budget qui serait dépouillé.» Pour le sénateur maire de Vesoul, Alain Joyandet (RPR), il faut « tirer un trait sur le passé et se tourner vers l'avenir. Chacun doit prendre ses responsabilités. Si vous ne voulez pas de la baisse des impôts que nous appelons de nos voeux, décidons au moins de ne pas augmenter la fiscalité. Arrêtons ces bisbilles », lance l'élu vésulien pour qui « on n'en serait pas là si vous aviez traité, comme il se doit, notre ancien président », Christian Bergelin. C'est à Hubert Guerrin que revient, provisoirement, le mot de la fin, le conseiller général communiste de Champagney lançant un avertissement solennel à la droite : « Si vous profitez de la maladie du président pour faire vôtre de ce budget, on sera en mesure de parler d'un coup d'État. Certes, il s'agira d'un acte légal mais, sur un plan moral, il s'agira bien d'un coup d'État.» La Haute-Saône est-elle donc à la veille d'un coup d'État ? Réponse dans dix jours.
Un crédit de 26 MF est inscrit dans le projet de budget primitif 2001 proposé par l'exécutif départemental, pour la mise à deux fois deux voies de la RD64 entre Lure et Luxeuil.
Sylvain Michel











