Depuis ses débuts contre Bordeaux, le portier paraguayen, attendu comme le sauveur par le président Proisy, à l'origine de son recrutement, déçoit. Au point que la question de son maintien commence à se poser.
Un mois s'est écoulé. Trente jours qui auraient dû être les trente glorieuses de la recrue vedette du Racing, le gardien paraguayen Jose Luis Chilavert, qualifié hier de figure sportive la plus marquante au cours de l'année 2 000... au Paraguay. Le 12 novembre contre Bordeaux, la Meinau accueillait le joker estampillé Patrick Proisy par de démonstratives manifestations d'enthousiasme, scandant son nom à satiété. Chilavert était attendu comme le Messie par un public frustré de voir son équipe se liquéfier à chaque nouvelle sortie à domicile. Mais avant-hier soir, après le but rennais signé Chapuis, les premiers sifflets destinés à l'ex-portier de Velez Sarsfield, 35 ans, sont descendus des gradins. Six matches plus tard (et 9 buts encaissés), des dents commencent à grincer. Même celles d'un président qui porte pourtant la responsabilité de son arrivée, puisqu'il avait chargé le « département joueurs » du groupe IMG/France de mener les tractations et avait sollicité de la direction mondiale de Mc Cormack une rallonge financière pour conclure le transfert. Entre une mésentente avec Devaux sur le but du Bordelais Pauleta, une sortie avortée devant Laslandes sanctionnée par le lob somptueux de l'international girondin, son absence de réaction sur les volées des Lyonnais Vairelles et Anderson, son pied planté dans la pelouse sur la frappe croisée du Lillois Peyrelade et son bras inerte sur le tir du Rennais Chapuis, ses détracteurs ont du grain à moudre. Samedi, après la rencontre, Patrick Proisy convenait même que « nous restons sur notre faim sur l'apport de Chilavert. » Avant le coup d'envoi, le président du RCS avait pourtant défendu « sa » recrue, celle qu'il avait fait signer sans en référer à Claude Le Roy, alors entraîneur, ni à son staff, Michel Ettorre, entraîneur des gardiens, compris. « À son arrivée, il n'a pas été mis dans les meilleures conditions. Il a même été accueilli comme un chien dans un jeu de quilles. Certains joueurs ne pensant qu'à leur gueule se sont dit : « Il va me mettre en concurrence ». C'est inacceptable. » Un pavé jeté dans la mare de Teddy Bertin qui avait voulu marquer son territoire, notamment sur les coups francs, lorsqu'avait débarqué Chilavert et ses 60 buts. Malgré ses excuses ultérieures, Bertin avait dans l'affaire perdu son brassard de capitaine. Depuis, Yvon Pouliquen a mis au point le flou entretenu par Le Roy et délimité le champ d'action de chacun : le gaucher Chilavert tire désormais les coups francs à droite du but adverse ; Bertin est chargé de ceux sifflés plein axe (avec le bonheur que l'on sait contre Rennes) ; et Corentin Martins ajuste du droit ceux placés côté gauche.
« Personne n'est indiscutable »
Reste la question essentielle : le rendement improbable de Chilavert dans son rôle premier, gardien de but. Pourtant, pour retrouver le niveau qui était le sien, le Paraguayen ne lésine pas. Il accepte sans rechigner les séances supplémentaires que lui impose Ettorre lors des jours de repos ou des après-midi où l'effectif fait relâche. Sa gentillesse et son humilité ont fait tomber bien des barrières au sein du groupe. Mais le but encaissé face à Chapuis n'en a pas moins engendré des gestes de dépit chez certains de ses coéquipiers. Patrick Proisy a, samedi soir, pour la première fois prononcé le nom de Christophe Eggimann, promu doublure depuis que Thierry Debes, évincé, a fait savoir qu'il souhaitait partir. Une position tranchée de l'Alsacien rédhibitoire aux yeux du président strasbourgeois, à l'heure où la question de son retour pourrait se poser, même si le patron d'IMG juge prématuré d'évoquer le remplacement de Chilavert. Hier midi, sur « France 3 Alsace », Yvon Pouliquen a toutefois indiqué que le Paraguayen n'était « pas plus indiscutable que Teddy Bertin ou Corentin Martins. » Mais s'il a visiblement hérité des pleins pouvoirs sportifs, le nouvel entraîneur peut-il se permettre de reléguer Chilavert sur le banc ? Et de désavouer, indirectement, un choix présidentiel de quelque 35 millions de F ? Cette épineuse question risque fort de faire l'actualité ces prochains jours.











