En prenant la présidence semestrielle de l'Union européenne, la France promettait une grande oeuvre à Nice. « Plutôt pas d'accord qu'un accord à minima » ne cessaient de répéter au printemps Pierre Moscovici, ministre délégué aux Affaires européennes, et Hubert Védrine, ministre des affaires étrangères... Hier soir à Nice, il n'était même plus certain que le Traité promis puisse voir le jour. Pour des raisons techniques - la traduction dans toutes les langues de l'Union - il n'était plus question que d'un engagement de principe sur un accord à venir. Le Conseil européen de Nice qui devait déboucher sur un Traité historique restera surtout dans les annales comme le plus long sommet de l'histoire de la construction européenne. Même à des dates cruciales comme Maastricht en 1991 ou Amsterdam en 1997, les travaux n'avaient pas duré aussi longtemps avec aussi peu de perspectives d'avancées. Obnubilé par le maintien de la parité franco-allemande au Conseil, Paris a cédé tout le reste à Berlin qui ne peut que se réjouir des avantages engrangés : la République allemande dominera désormais le Parlement européen du haut de ses 99 sièges, une nouvelle conférence institutionnelle verra le jour d'ici à quatre ans pour redéfinir le rôle de l'Union et des pays membres, une exigence réclamée par les Länders, et en matière d'immigration et de droit d'asile, l'Allemagne, qui accueille le plus grand nombre d'immigrés et de demandeurs d'asile, a obtenu de conserver son autonomie de décision. De plus, la France, malgré une tournée des capitales d'avant Sommet et une nuit de confessionnal, n'est pas apparue en mesure de gérer un Conseil qui a tourné à la foire d'empoigne. Ayant pris la mesure de la faiblesse de la présidence française, tous les pays se sont engouffrés dans la brèche avec leurs propres propositions. La Belgique a ainsi avancé son propre plan de repondération des voix au sein du Conseil dans le seul but de maintenir sa parité avec les Pays-Bas. Jusqu'à la Pologne, non encore membre, qui a obtenu d'être traitée sur un pied d'égalité avec l'Espagne. Du chaos niçois ne sortiront que des solutions bâtardes très éloignées des ambitions affichées par Paris le 1er juillet dernier, quand la France a pris en charge les destinées de l'Europe.











