En plus des nitrates, les produits phytosanitaires et les solvants chlorés représentent de nouveaux risques pour les eaux souterraines. Avec l'atrazine, un désherbant, ils sont même plus importants en Alsace qu'au pays de Bade.
LA CONSIGNE, peu orthodoxe, était de « mettre les pieds dans le plat ». Dès l'ouverture de la deuxième édition, vendredi à Mittelwihr, des Journées de l'Association pour la protection de la nappe phréatique de la Plaine d'Alsace (Aprona), créée il y a cinq ans, elle a été donnée par le président de cette dernière, Hugues Geiger, conseiller régional écologiste d'Alsace, partisan du « parler vrai».
Le thème du jour : la pollution des eaux souterraines par les solvants chlorés. L'an dernier, la première édition des Journées avait aligné un autre polluant majeur, les nitrates, un de ceux qui empoisonnent la vie des défenseurs de la qualité de la nappe phréatique d'Alsace, la plus grande d'Europe, soumise à des risques accrus.
L'atrazine, un désherbant autorisé en France, est interdit en Allemagne
L'état des lieux, qui fera l'objet d'une présentation tripartite entre l'Alsace, le pays de Bade et la Suisse fin janvier 2001 - une première -, sera aussitôt relayé par des recommandations elles aussi franco-germano-helvétiques. Le temps n'est plus où chaque utilisateur de cette considérable ressource souterraine voyait midi à sa porte, c'est-à-dire sous ses pieds. Pour mener à bien cette double mission d'alarme et de conseil, l'Aprona, financée par la Région Alsace et l'Agence de l'eau Rhin-Meuse et soutenue techniquement par la direction régionale de l'Environnement, s'est aussi dotée de nouveaux moyens. Un directeur fraîchement nommé, Olivier Dufayt, prendra ses fonctions en janvier et l'association, jusqu'à présent hébergée à Horbourg-Wihr, va déménager à Colmar. De part et d'autre du Rhin, une campagne de prélèvements menée à l'automne 1997, la première du genre à si grande échelle, a porté sur 700 points d'analyses côté français et 300 côté allemand, et fait intervenir plus de 80 paramètres. Le constat est alarmant : il pointe la présence d'une trentaine de polluants, bien qu'à des niveaux variables. Quatre grandes familles continuent à représenter la plus grave menace : les chlorures, pour une part désormais en régression (notre édition du jeudi 9 novembre) ; les nitrates, dont 13 % des points d'analyses dépassent les limites de qualité ; les solvants chlorés, ces nettoyants chimiques détachants et dissolvants, à « l'honneur »hier, qu'on utilise aussi bien dans les secteurs de la métallurgie et du traitement de surfaces que dans les pressings et dont on a retrouvé des traces sur 38 % des points analysés ; et enfin, les produits phytosanitaires, principalement l'atrazine. Mais celle-ci, un désherbant agricole, produit une pollution qui n'a pas le même visage de ce côté-ci du Rhin et en pays de Bade. 17 % des points d'analyse dépassent la limite de qualité fixée à 0,1 microgramme par litre dans la plaine d'Alsace, deux fois plus qu'en Allemagne, beaucoup moins touchée par l'atrazine et son produit de dégradation, le désethylatrazine. La raison de cette disparité est simple : en France, ce désherbant n'est interdit que pour les usages non agricoles, comme la voirie et les espaces verts, depuis 1997 mais il continue à être très employé sur les cultures de maïs. En Allemagne, en revanche, l'atrazine est interdite depuis 1991 pour tous les usages. Elle a été remplacée par des produits nouveaux dont on ne sait pas, précise Anne Ferry à l'Aprona, s'ils ont un impact sur l'environnement et, le cas échéant, de quel ordre. Pour autant, dans le doute, faut-il continuer à s'abstenir ? L'interdiction de l'atrazine relève, si l'on s'achemine vers cette recommandation, d'une mesure réglementaire de la compétence de l'Etat.
Remontée de la nappe phréatique à Muttersholtz, à la fin de l'hiver. Les analyses montrent qu'elle contient trop d'atrazine, désherbant agricole très employé en France sur le maïs.
Archives Dominique Gutekunst











