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Un siècle de deux-roues

En 1907, Lucien Voss ouvrait une boutique de cycle à Riedisheim. Près de 100 ans après l'aventure continue, avec la concession moto de son petit-fils André, aujourd'hui à Cernay. Et l'histoire continue avec Christophe et Sébastien.

DANS la famille du deux-roues Voss, on peut demander le grand-père Lucien, l'oncle Armand, le cousin Jean-Luc, Lucien le père, André le fils, sans oublier Christophe et Sébastien les petits-fils. Cette famille a la particularité d'avoir vécu ou de vivre encore de la vente et de la réparation de deux-roues.

Le grand-père Lucien ouvre sa boutique de cycles en 1907 à Riedisheim, avant de la transmettre à son fils Armand, qui lui-même passe les rênes à Jean-Luc. Au fil des ans les vélos sont accompagnés de cyclos, scooters, mobylettes... et l'enseigne quitte la rue de la Marne mais reste à Riedisheim, avant de tirer définitivement le rideau en 1995. Lucien le frère d'Armand part, lui, ouvrir une boutique de cycles à Cernay. On est en 1950 et 50 ans après, le nom de Voss a toujours cours au 5 faubourg de Colmar. « Oh, il n'y a plus que le nom qui reste de cette époque », explique André Voss. « Quand mon père Lucien s'est installé, c'était une toute petite échoppe. Aujourd'hui, on travaille sur deux niveaux et on ne fait plus que de la moto.» Le virage a été pris progressivement. Le père d'Armand est un passionné de motos et, à côté des vélos, il vend rapidement les populaires 125, 250 et 350 Peugeot. On est en plein âge d'or de la moto française. « Ensuite la situation s'est dégradée », explique André, « à cause des tarifs d'assurance ». Les années 60 marquent le déclin inexorable des motos françaises mais le père d'André fait le bon choix, et dès 1967, il devient le premier agent alsacien de la marque Suzuki. A cette époque personne ne sait encore que l'industrie nipponne va "cannibaliser" puis relancer le marché mondial de la moto. « Suzuki ne faisait alors que du deux-temps. Il y avait les 125, 250, 350 et surtout la 500 T qui était une des motos les plus rapides de l'époque, puis la GT 750 tricylindres deux temps refroidie par eau que l'on surnommait la bouilloire ». Avec cette machine, Suzuki gagne des galons de marque sportive que personne ne viendra plus lui contester.

Fidélité infaillible

Si le nom de Voss rime avec deux-roues, le prénom d'André semble indissociable de celui de Suzuki. Depuis 1975, date à laquelle il reprend l'affaire paternelle, il ne vend plus que des Suzuki. « Comment vous expliquer... je crois que je suis tout simplement quelqu'un de fidèle. Et puis j'ai toujours cru dans la moto et j'ai toujours roulé avec des sportives ». La fidélité et la discrétion du personnage se résument dans cette anecdote qu'André raconte presque à mots couverts. « Une fois j'ai vendu autre chose qu'une Suzuki. C'était une Laverda, à un client qui en voulait absolument une. Ce fut un fiasco et je préfère qu'on n'en parle plus ». Fermez la parenthèse. Si la marque qui vient de décrocher le titre suprême en Grand Prix 500 fait aujourd'hui des envieux, cette fidélité n'a pas toujours été aussi facile à assumer. Suzuki ne se met au gros quatre-temps qu'en 1977 avec la GS 750, alors que les Honda CB 750 ou Kawa 900 Z se vendent comme des sushis depuis belle lurette. Surtout, la marque se fourvoie dans l'aventure du moteur rotatif avec la RE5 en 1975. « Pour un fiasco ça a été un fiasco. J'avais suivi le stage pour les entretenir mais je ne n'en ai jamais essayé. Et je peux vous dire que je n'en ai jamais vendu une seule!» Le renouveau de la troisième marque japonaise a lieu au milieu des années 80 avec le trail 600 DR au rapport qualité/prix imbattable et la fameuse dynastie des GSX-R aussi rapide que fiable.« Chez nous on a toujours privilégié le créneau des sportives », précise André qui ne refuse jamais une balade dominicale sur une Hayabusa avec des amis. Actuellement, avec les nouvelles GSX-R et Bandit, l'avenir s'annonce dégagé (« La 1000 personne ne l'a encore vue et j'en ai déjà plusieurs de commandées ») et André peut compter sur ses deux fils Christophe et Sébastien qui ont rejoint l'affaire en 1992 et 95. « Oh je ne les ai jamais forcés. Ce n'est pas mon genre. Mais je crois que quand on grandit là-dedans, on a la moto dans le sang.» Avec sa femme qui travaille également au magasin et ses deux fils, André rêve maintenant de trouver un terrain ou un local pour agrandir la concession familiale. Pour que le nom de Voss reste associé aux monde du deux-roues durant le 21e siècle.

André le père sur la Suzuki 500 T des années 60, Lucien le grand-père (debout) et Christophe et Sébastien (sur la nouvelle 600 GSXR) représentent trois générations au service de la moto en général et de Suzuki en particulier.

Darek Szuster

L'aventure de la famille Voss et des deux-roues débute en 1907, rue de la Marne à Riedisheim. Sur cette photo des années 20, on reconnaît Lucien le fondateur (le père du Lucien qui ouvrit une boutique à Cernay en 1950) avec un beau stock de vélos à réparer.

D.R.

Laurent Gentilhomme

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André le père sur la Suzuki 500 T des années 60, Lucien le grand-père (debout) et Christophe et Sébastien (sur la nouvelle 600 GSXR) représentent trois générations au service de la moto en général et de Suzuki en particulier.
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