L'affaire du faux passeport italien de Diego Garay, l'Argentin de Strasbourg, n'aura pas d'incidences sportives pour le club alsacien. Mais Le Havre et Nancy, tous deux relégués en D 2, envisagent d'intenter une action en justice.
Claude Le Roy a recruté Diego Garay à l'été 1999. Un an et demi plus tard, l'affaire du faux passeport italien de l'Argentin secoue la planète football.
Jean-Marc Loos
L a nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre : interpellé le 26 mai par la police des frontières allemande (1) à l'aéroport de Francfort, au retour de la tournée du Racing en Malaisie, Diego Garay, le meneur de jeu argentin du RCS prêté depuis le 9 août à son précédent club, Talleres de Cordoba (Argentine), mais qui reste sous contrat à Strasbourg jusqu'en juin 2003, a joué toute la saison passée sous le maillot alsacien avec un faux passeport italien. Un passeport qui lui a permis de ne pas être considéré comme étranger extracommunautaire, alors que le RCS avait déjà atteint le quota autorisé de trois joueurs hors UE, avec les Camerounais Ndo et Njanka et le Sénégalais Diop.
24 heures après les révélations de notre journal, il est désormais acquis que le passeport italien de Garay était fiché à Interpol comme document volé. Et qu'il a été saisi sur le champ. Le Racing, qui assure avoir été abusé (« La bonne foi du club n'est pas en cause. Sa direction n'était au courant de rien lorsqu'elle a négocié le transfert de Diego Garay », assurait dans notre édition d'hier le directeur général, Francis Kuhn), s'est donc mis en infraction la saison passée, Garay disputant 22 matches de D1.
« Les résultats sont homologués »
Sportivement pourtant, cette « affaire Garay » n'aura aucune incidence fâcheuse pour le club alsacien, comme le confirme le président de la commission juridique de la Ligue Nationale de Football, Jean-Pierre Camus.« On ne peut revenir sur des résultats homologués (Ndlr : le délai d'homologation est d'un mois). Mais libre aux clubs lésés de porter l'affaire devant les instances fédérales qui, seules, peuventsaisir la Fédération internationale. Quant au faux passeport proprement dit, c'est un délit pénal international et n'importe quelle instance peut saisir le tribunal pénal.» Pour usage de faux, Diego Garay risquerait une peine maximale d'un mois de prison avec sursis, assortie d'une amende. Quant au club, même s'il bénéficie de la présomption d'innocence, il risque de devoir faire face à des actions intentées au tribunal civil. Les présidents du Havre, Jean-Pierre Louvel, et Nancy, Jacques Rousselot, ont annoncé hier qu'ils envisageaient des suites juridiques. Pour obtenir des dommages et intérêts, en réparation du préjudice commercial causé à leurs clubs respectifs, relégués en D2. Uniquement en droits télé, une descente signifie un manque à gagner d'environ 40 millions de F. Le président normand est d'autant plus déterminé que le 29 avril, lors de la 32e journée, le Racing a précipité la descente du Havre en s'imposant à la 90e au stade Deschaseaux sur un but de... Garay. « Nous savons bien qu'aucune action ne nous rendra notre place en D1. Et je ne veux d'ailleurs en aucun cas incriminer le Racing à qui j'accorde la présomption d'innocence. Mais dans tous les cas de figure, la compétition a été faussée. Je me réserve donc la possibilité, après consultation de mes avocats, d'entreprendre une action en justice. Car Le Havre subit un très gros préjudice financier. Je veux alerter les pouvoirs politiques et sportifs pour éviter que pareil cas ne se reproduise. Indiscutablement, il y a des failles dans le système. Et des faits comme celui-là doivent disparaître du football français.Si, aux USA, le groupe Mc Cormack était confronté à une situation du même type, sa batterie d'avocats serait déjà au travail. Et si l'enquête venait à prouver que le Racing était informé de cette histoire de faux passeport, notre détermination serait plus grande encore.»
Rousselot : « J'en ai marre »
À Nancy, Jacques Rousselot, dont le club n'a été rétrogradé qu'à la différence de buts, est pareillement remonté, d'autant que Garay a participé aux deux confrontations entre les deux clubs. « Je vais consulter les conseils juridiques du club et, le cas échéant, déposer plainte au civil pour compenser notre préjudice moral et financier. La saison passée, nous avons déjà été floués avec l'affaire OM - Monaco. J'en ai marre.» Le site internet du club lorrain lui fait écho : « Strasbourg aurait dû perdre sur tapis vert tous les matches que Garay a joués, notamment Nancy - Strasbourg (2-3).» Le 8 avril à Marcel-Picot, l'Argentin était entré à la 88e. Potentiellement, tous les clubs contre lesquels Garay a été aligné sont susceptibles d'entamer une procédure. Avec quelle chance d'obtenir gain de cause ? C'est aux juridictions concernées qu'appartiendra la réponse.











