Un ancien cycliste professionnel a comparu hier matin devant le tribunal de Mulhouse pour importation de substance dopante, deux boîtes d'EPO achetées à Bâle.
Le 23 août 1999, la brigade des douanes intercepte à Hégenheim un automobiliste, qui transporte dans son véhicule deux boîtes de médicaments achetés dans une pharmacie bâloise et contenant des produits dopants, de l'EPO. Au cours de son interrogatoire, l'automobiliste reconnaît les faits : il est cycliste, participe à des compétitions de VTT, il sait qu'il s'agit de substances illicites, il a acheté ces boîtes pour environ 10 000 F, l'une est destinée à un collègue qui court sur route dans le même club que lui, l'autre pour son usage personnel. Il affirme que c'est un accident de parcours : « C'était la première fois ». Lorsque la présidente du tribunal lui demande les raisons de son geste, il explique : « Je suis cycliste depuis 1979. Je suis devenu athlète de haut niveau, je percevais à l'époque un salaire de mon équipe espagnole. Au moment des faits, j'étais en fin de contrat et donc, dans une phase de renégociation. J'avais presque 35 ans et en fin de carrière, on a de plus en plus de mal à trouver un emploi...» D'où l'idée de forcer le destin, en tentant de doper les résultats. Sur le mode d'opérer, le prévenu explique que ce n'est pas trop compliqué. « On apprend les circuits de bouche à oreille, dans les pelotons».
Trois ans de suspension
Pris sur le fait, le coureur n'a guère pu renégocier de contrat. La Fédération française de cyclisme (FFC) a pris rapidement une sanction disciplinaire - trois ans de suspension - prononcée en décembre 1999. L'ex-champion de VTT a mis une croix sur la compétition : « J'ai tourné la page, je ne ferai plus de vélo en tant que licencié ». Aujourd'hui, il travaille dans l'entreprise familiale comme livreur-installateur d'appareils électroménagers et gagne le SMIC. La FFC s'est portée partie civile, elle demande le franc symbolique. Le président de la fédération, Daniel Baal, était présent à l'audience : « C'est une démarche systématique de la fédération pour lutter contre le dopage. Ce n'est pas au prévenu lui-même que nous en voulons, mais je ne suis pas d'accord avec l'idée que pour arriver à un haut niveau, il faut obligatoirement se doper ». Les douanes réclament une amende de la valeur de la marchandise saisie (10 000 F) et celle de la voiture qui a servi au transport.
Ethique et danger
Le substitut du procureur Jean-Baptiste Haquet, qui veut ramener cette affaire à sa juste proportion, souligne les deux aspects les plus importants : la tricherie, et donc l'éthique sportive, et le danger pour la santé. Il réclame une amende de 5000 F. L'avocat du prévenu, Me Colomb, s'étonne de l'attitude de la FFC, qui a sanctionné lourdement son client, alors qu'elle prononce, à l'encontre d'autres coureurs plus performants mais aussi plus coutumiers du dopage, des suspensions de six à douez mois avec sursis. « Mon client en a pas mal pris pour son grade ». La décision a été mise en délibéré, au 15 décembre.











