En grève « dure et totale » depuis mardi dernier, les avocats du barreau de Montbéliard sont entrés hier en résistance. Ils ont plaidé en... nocturne.
Il y avait audience correctionnelle, hier matin, au palais de justice de la Cité des Princes. Une audience au cours de laquelle la majorité des dossiers a été renvoyée, faute d'avocats pour plaider. Aux affaires audiencées, s'est ajoutée la citation en comparution immédiate d'un Bethoncourtois de 29 ans poursuivi pour « violences aggravées sur personne particulièrement vulnérable». Le prévenu est soupçonné d'avoir frappé son épouse âgée de 17 ans et enceinte de deux mois. Or son avocat, comme ses 30 collègues du barreau de Montbéliard, est en grève. Aussi, le président d'audience lui demande-t-il s'il accepte ou non d'être jugé sans conseil « auquel cas le tribunals'efforcera de commettre un avocat d'office à condition que l'un accepte de vous défendre aujourd'hui». Rachid réfléchit, ne sait pas trop quoi faire, puis réclame un avocat. L'audience est alors suspendue, le temps au président Pollet de passer plusieurs appels téléphoniques pour trouver un conseil. C'est finalement le bâtonnier Robert Bauer qui se déplace au tribunal. Me Bauer ne cache pas sa colère. Pas davantage, il ne tourne autour du pot quand il accuse le parquet« de vouloir passer en force en citant des prévenus en comparution immédiate alors que vous savez très bien que nous sommes en grève». En substance, une présentation devant le juge délégué avec rendez-vous judiciaire n'aurait-elle pas été plus judicieuse ? « On ne peut pas arrêter la machine judiciaire sous prétexte que les avocats sont en grève »rétorque le substitut Jacquot estimant d'une part que le prévenu est « dangereux », d'autre part que la comparution immédiate se justifiait dans le cas d'espèce. Réponse du bâtonnier : « comme nous sommes soucieux de la défense des libertés, je vais mobiliser l'ensemble des membres du barreau pour assurer la défense de ce garçon. Puisque cette affaire est aussi importante, je mobilise tout le Conseil de l'Ordre pour étudier ce grand dossier. Nous serons là à 20 h pour plaider». Un bras de fer entre le parquet et le barreau qui n'a jamais connu son pareil dans l'histoire du tribunal où, dans le cadre d'un mouvement de grève, les débats juridiques se sont joués en... nocturne. Au coeur de la mêlée socialo-judiciaire, il y avait le citoyen Rachid. Un jeune homme qui, sans un avocat le matin pour le défendre, s'est retrouvé le soir avec tout un barreau pour plaider sa cause !











