Avec habileté, et non sans démagogie, Jacques Chirac a su reprendre l'offensive, face au Premier ministre, en s'emparant du dossier de la vache folle. Par sa déclaration télévisée, aussi solennelle qu'alarmiste, le chef de l'Etat a obligé Lionel Jospin à mettre en oeuvre, plus tôt et plus largement qu'il ne le prévoyait, un plan qui interdit les farines animales. La tension est un peu redescendue entre les deux têtes de l'exécutif, mais de part et d'autre on s'efforce de répondre au désarroi des agriculteurs, y compris par des visites sur le terrain. Dans les mois à venir, la rivalité Elysée-Matignon fonctionnera de la même manière : forte montée d'adrénaline, suivie d'un retour au calme, très provisoire. Vache folle ou pas, il y aura d'autre sujets de polémiques, mais pas au point de s'envoyer paître. Mais pour le président, une autre cohabitation pourrait devenir au moins aussi préoccupante. Par paliers, Jean Tiberi hausse le ton et il vient de franchir un nouveau seuil, puisqu'il s'en prend désormais sans détour à son prédécesseur. « Jacques Chirac n'est plus mon ami », déclare au Figaro Magazine celui qui occupe aujourd'hui l'Hôtel de Ville. Quant à la gestion d'avant 1995, dont certains aspects intéressent beaucoup les juges et qui fait l'objet de vives critiques de la part de Philippe Séguin, ce dernier a droit à ce perfide conseil : « Qu'il se débrouille avec Chirac pour cette période ! Parce que moi, depuis que je suis maire, j'ai tout remis en ordre. Je suis inattaquable.» On est encore dans l'affectif, plus que dans le règlement de comptes effectif, mais il ne manque plus grand-chose pour que l'amertume du clan Tiberi se transforme en conflit ouvert avec le président de la République. Celui-ci aura beau feindre l'indifférence, se déclarer au-dessus des querelles partisanes qui ravagent son ancien fief, il subirait les contrecoups d'une telle offensive. Au plus mauvais moment, à une encablure de la présidentielle, reviendrait ainsi au coeur de l'actualité la sempiternelle question des financements occultes du RPR, sur lesquels l'un des acteurs centraux a fait, récemment, des révélations posthumes, via une cassette. Calomnie, s'était écrié Jacques Chirac. Peut-être. Mais après « l'affaire Méry », s'en profile une seconde : l'affaire... Mairie.











