Pas de doute, la crise de la vache folle profite aux produits bio. Mais le succès de ce type de denrées n'est pas nouveau : les consommateurs déjà rendus méfiants par les dioxine et les OGM plébiscitent de plus en plus une alimentation saine.
LE MALHEUR des uns fait le bonheur des autres dit le proverbe, un dicton qu'illustre très bien la crise de la vache folle. Alors que les ventes de boeuf accusent à peu près partout une baisse d'environ 30 à 40%, les magasins bio voient arriver, eux, de nouveaux clients.
« Il y a eu une très bonne répercussion, explique Françoise Jubin, propriétaire de La Vie Claire, le magasin bio de l'avenue Jean-Jaurès. Nous l'avons senti tout de suite. Avant, nous ne vendions pas beaucoup de viande et là, en quelques semaines, nous avons enregistré énormément de commandes.» Vendredi dernier, par exemple, les ventes du magasin -déjà très satisfaisantes d'ordinaire- ont été exceptionnelles. « La demande est beaucoup plus forte depuis quelques jours, renchérit Séverine Sauberli, la responsable du magasin Euronature, rue des Capucins. Et cela s'étend à la volaille et aux autres denrées.» Car le rayon viande n'est pas le seul à profiter de la suspicion qui pèse dorénavant sur le boeuf. Les nouveaux clients se renseignent également sur tous les produits de substitution comme les protéines végétales, type soja ou tofu.
Un marché déjà bien portant
Le phénomène n'est pas nouveau, déjà en 1996 la première crise de la vache folle avait eu un impact sur les ventes : « Nous avions fait un saut de l'ordre de 20%, explique Céline Raigneau, responsable du magasin Le Grenier vert, rue du Comte de la Suze. Mais pas seulement sur le rayon viande, sur l'ensemble des produits. Et cela avait été pareil après l'affaire des OGM.» Des crises à répétition qui font grossir les rangs des convertis aux produits bio : « Nous n'arrêtons pas de progresser globalement depuis des années », constate Céline Raigneau. Au début les gens viennent pour un produit précis puis, petit à petit, ils achètent de plus en plus de choses.» Pourtant selon la responsable du Grenier vert la population se divise encore en deux camps : ceux qui, alarmés par les informations inquiétantes, se tournent vers les produits bio et ceux qui se disent « de toute façon je suis empoisonné alors, un peu plus ou peu moins, cela ne changera pas grand chose.» Et puis il y a le prix qui constitue évidemment un frein conséquent. Certes, selon Céline Raigneau, certains produits bio ne sont pas plus chers, mais en ce qui concerne la viande les différences sont notables : « Les prix peuvent être multipliés par trois ou quatre », explique Jean-Pierre Gerbal, le responsable du rayon boucherie du supermarché Cora à Andelnans. Depuis la fin de la semaine dernière le magasin propose des morceaux bio à ses clients. Un essai.
Les produits bio qui avaient déjà la cote profitent de la crise de la vache folle. Le magasin La Vie claire (à droite) comme le magasin Euronature (ci-contre) ont vu leurs ventes augmenter très sensiblement. En 1996, lors de la 1re crise, les ventes du Grenier vert (ci-dessous) avaient fait un bond de 20 %.
Photos Céline Mazeau











