L'atelier théâtre du lycée de Ribeauvillé a littéralement brûlé les planches jeudi, vendredi et samedi dans une salle du parc transportée par l'émotion.
NON, ils ne sont pas issus du cours Florent, ni du TNS et encore moins de l'Actor's Studio. Ils sont lycéens à Ribeauvillé et consacrent plusieurs heures de leur précieux travail hebdomadaire à répéter les nombreuses répliques de « Nous les survivants ». Tragédie moderne, la pièce de Jean-Marc Streicher n'y va pas par quatre chemins : d'emblée, les lycéens déclenchent la balise de détresse Argos et lancent des bouteilles à la mer. Exit le Petit Prince et sa poésie, il est temps pour ces futurs citoyens de se mettre au chevet du monde. A travers un improbable parcours initiatique, les voilà qui auscultent et soudent les quatre coins de la planète. Et à ce jeu-là ils vont se brûler les ailes : le rêve d'Icare se brisera au contact de la dure réalité. Regarder le monde en face, il y a de quoi provoquer le vertige, « Pericoloso sporgersi » dit un personnage, et effectivement il est dangereux de se pencher sur l'état de ce monde... Mais cette lucidité ne débouche pas sur le désespoir : à la manière de l'opiniâtre Antigone, les jeunes acteurs vont faire converger les témoignages de leurs pairs pour « raconter ce qu'ils ont vu » et « aller au sud vers la lumière ». Techniquement « Nous les survivants » a gagné en densité et en intensité dramatique par rapport au spectacle précédent. Autant « de bruit et de fureur » présentait une foule de trouvailles scénographiques, autant « les survivants » jouent sur un registre plus serré : le texte, et essentiellement le texte. Le résultat - magnifique direction d'acteurs ! est parfois difficilement supportable, quand notre terre est décrite comme un « ossuaire planétaire où les cadavres transpirent de part en part... » à vous donner froid dans le dos. Au-delà de la force d'évocation des répliques « Nous les survivants » réunit les qualités de mise en scène que Jean-Marc Streicher a développées dans ses autres spectacles : sens de l'occupation de l'espace scénique, rythme et goût pour une esthétique proche de la peinture, théâtre dans le théâtre, choix de musiques, etc. Et à la qualité du spectacle, répondait comme un écho la qualité d'écoute d'un public attentif et passionné. Dommage que l'Education nationale ne fasse pas preuve de la même qualité d'écoute : sans aide financière un tel projet ne pourra pas être renouvelé !
Le jeu des lycéens a médusé le public.
Vanessa Meyer











