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Ferrette : conflit de tranchées

Depuis vendredi, les gendarmes ont interdit le chantier de la rue de Habsbourg à l'entreprise Dietlin avant d'autoriser, hier soir, la poursuite des travaux.

E lle a été inaugurée avant d'être achevée. Elle, c'est la rue de Habsbourg à Ferrette qui est aujourd'hui toujours en chantier. S'il était effectivement prévu de mettre la touche finale à la chaussée à la mi-septembre, les travaux risquent finalement de durer plus longtemps que prévu. Le dossier, qui est lié à celui de la reconstruction d'une nouvelle gendarmerie entre l'actuel bâtiment et le local des pompiers (notre édition de samedi 4 novembre), s'est envenimé ces jours derniers, avant de trouver une issue favorable… hier soir. La tranchée, qui attend la pose des bordures de trottoirs, est bel et bien creusée. Mais l'affaire, déjà complexe au départ, a connu un nouveau rebondissement vendredi après-midi. Alors que l'entreprise Dietlin de Ferrette, chargée des travaux de voirie, s'apprêtait à poser les bordures de trottoirs, elle s'est vue signifier sur place par les gendarmes de Ferrette, l'interdiction de poursuivre les travaux. En effet, la réfection de la rue des Habsbourg prévoit un élargissement de la chaussée dont une partie empiète sur des terrains qui sont la propriété de la gendarmerie. Une situation exceptionnelle qui n'aurait jamais vu le jour si ces terrains avaient été vendus à la commune comme le prévoyait le calendrier. Or, l'accord entre la Ville de Ferrette et l'État pour le rachat des 63 ares de terrain, des trois bâtiments de la gendarmerie et de ses annexes, n'a pas abouti. La Direction nationale de la gendarmerie a refusé la vente de la partie haute, jusqu'au déménagement des gendarmes dans leurs nouveaux locaux, puis elle a repoussé de quatre mois la vente de la partie basse.

« Nous sommes responsables du chantier »

Hier encore, le chantier était bloqué et l'entreprise Dietlin s'inquiétait des retards et de la sécurité des usagers. « Nous sommes titulaires d'un marché de deux millions de francs, explique Bertrand Dietlin, cogérant de l'entreprise Dietlin avec son frère Hubert. Nous sommes tenus à des délais. Le chantier a débuté en août dernier. Un premier retard s'est fait jour pour des raisons indépendantes de notre volonté. » Après la première phase des travaux (terrassement, adduction de l'eau et assainissement) une autre entreprise a pris le relais pour les réseaux secs. « Nous avons voulu reprendre vendredi dernier par la pose des bordures. Mais nous avons été stoppés en début d'après-midi par la gendarmerie de Ferrette, explique encore M. Dietlin. Il reste trois semaines de travaux pour terminer la rue, si nous ne pouvons pas recommencer cette semaine, nous ne pourrons pas garantir la pose de l'enrobé et la bonne fin du chantier. En effet, si la semaine prochaine il neige, ou si le thermomètre affiche moins cinq degrés, on ne peut plus poser les bordures ni l'enrobé d'autant qu'à la mi-décembre les centrales qui fabriquent le macadam sont arrêtées jusqu'à la fin janvier. » Dans ce cas, les travaux ne seraient achevés que l'an prochain et l'entreprise devrait prendre à sa charge l'entretien du chantier durant l'hiver, combler les trous avec du gravier et réinstaller les panneaux de signalisation. Déçue par les circonstances, l'entreprise Dietlin ne souhaite qu'une chose reprendre les travaux au plus tôt et les terminer avant l'hiver. « Nous sommes responsables du chantier et des accidents qui surviendraient », souligne encore M. Dietlin. En effet, si une déviation a été mise en place depuis Vieux-Ferrette, par un chemin rural gravillonné avec un sens unique dans la montée de la rue de Habsbourg, 600 élèves empruntent chaque jour cette rue sans compter les usagers de la piscine et les désagréments occasionnés aux riverains. Dans un fax envoyé hier, la Société d'économie mixte de Haute-Alsace, la SEMHA, maître d'ouvrage, avertie de l'arrêt du chantier, a demandé à l'entreprise de « reprendre sans délai les travaux, en raison des risques d'insécurité que présentent cette voie en l'état… et au risque croissant de devoir repousser la pose des enrobés sur la chaussée au printemps prochain pour des raisons météorologiques. » « Nous sommes entre le marteau et l'enclume, conclut M. Dietlin. Aujourd'hui nous attendons un déblocage de la situation. »

« Réaction épidermique »

Le capitaine Wilhelm, commandant la compagnie de gendarmerie d'Altkirch, nous expliquait hier après-midi : « Nous traversons une phase difficile suite à l'éditorial de Pierre Brand paru dans le bulletin d'information de la Ville de Ferrette (Ndlr : notre édition du 4 novembre). Nous avons appris vendredi que les travaux devaient reprendre et notre réaction immédiate nous a fait interdire leur poursuite. Comme M. Brand menaçait de ne pas aller au bout de la construction de la nouvelle gendarmerie, nous avons pensé que c'était un moyen pour peser dans ce difficile problème. Mais c'est une réaction épidermique et provisoire, nous allons essayer de trouver une solution dans ce conflit car nous voulons que ce projet voit le jour. J'en ai fait part à ma hiérarchie ». Et la réponse n'a pas tardé à tomber. Hier soir, avant 18 h, le groupement de gendarmerie de Colmar a accordé son autorisation pour poursuivre les travaux de la rue de Habsbourg. Une réunion devrait tout de même se tenir ce matin, mardi, entre les différents antagonistes, à la sous-préfecture d'Altkirch.

Hier après-midi, Hubert Dietlin et l'un de ses ouvriers espéraient un rapide déblocage de la situation qui est finalement arrivé hier soir. Le chantier peut reprendre ce matin.

Laurence Behr

Laurence Behr

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