LA L aiterie accueille Madrugada ce lundi 13 novembre. Et le 13 porte bonheur, du moins pour les fans de ce groupe nordique. La Norvège n'est pas si loin de Strasbourg. Moins de 1500 kilomètres à vol d'oiseau. Mais il n'y a aucune influence entre ces deux points géographiques. Car en réalité, la musique de Madrugada est l'une des soeurs jumelles du rock américain. Sivert Hoyem (chanteur), Jon Lauvland Petersen (batterie), Robert S. Buras (guitare) et Frode Jacobsen (basse) ont piqué la formule industrielle des mélodies d'outre Atlantique. D'où la surprise en apprenant que ces Américains de son se révèlent être des Norvégiens de souche ! Et dans la foulée, on peut aussi donner une possible interprétation du titre de leur nouvel album « industrial silence»: mieux vaut se taire et écouter la musique. Pour montrer que le show viendra du froid, inutile de gloser plus longtemps. Il suffit d'imaginer des guitares utilisées à tous les vents au service d'une voix elle-même au service d'une ambiance qui ne va pas sans rappeler la bande originale d'un film fait par un esthète. Tous ces détours pour expliquer l'étrange raffinement de la musique de Madrugada qui, si l'oreille a une mémoire, évoque les vagues sonores de Radiohead et autres groupes au rock nonchalant. A Stockmarness, la ville de ces musiciens, les influences se bousculent. On peut les retrouver dans leurs mélodies, métamorphosées pour ces quelques lignes en une carte postale : on y verrait alors la tête de Chris Isaak en mieux cependant, du fait de la belle voix grave et chaude de Sivert Hoyem et en arrière plan, dessiné en ombre chinoise, le profil non pas d'Hitchcock, mais celui de... Charles Baudelaire ! Il est vrai que c'est peut-être pompeux. Madrugada - Baudelaire : le tandem est invraisemblable et l'itinéraire incertain. Mais il se dégage un fort spleen des chansons de Madrugada, que l'on comprenne les paroles anglaises ou pas. Très rapidement, pour ne pas choquer les puristes de l'un ou des autres, ou des deux : les poèmes de Baudelaire peuvent se lire en écoutant Madrugada. Ce serait une superposition et une alchimie heureuse. Un bémol cependant : il est vrai que du spleen, beaucoup de groupes de rock peuvent en produire en quantité. Alors quitte à choisir, autant prendre celui qui passe en ville. Si pour l'instant, le 13 novembre n'est pas la journée de littérature, il reste, à défaut, celui du passage de Madrugada à la Laiterie de Strasbourg.
Y ALLER La Laiterie - Tél. 03.88.23.72.37.
Un parfum de mystère avec Madrugada. (Thomas Hammarstrom)











