Le futur Parc de la pisciculture impériale de l'Au exige quelques éléments de mobilier. C'est le club des retraités du jeudi qui s'y colle.
BRAS cassés peut-être mais sûrement pas bras… croisés. Car c'est qu'ils en alignent des réalisations depuis plus de 13 ans qu'ils s'activent dans le domaine, « Leur » domaine, de la pisciculture de l'Au. Au départ, une équipe de retraités rameutés par l'ami Jean-Paul Binnert, alors président du Cina (centre d'initiation à la nature de l'Au) qui allait retrouver là tous les parfums de sa belle époque sauvage et communautaire du scoutisme. Au total, sept, huit copains habités d'une même passion pour ce petit paradis de Camargue alsacienne et bien décidés à payer de leur personne face à l'ampleur d'un chantier : celui de la réhabilitation des bâtiments historiques de l'établissement Napoléon III. Tous les crédits d'État, de la Région, du Département ou des collectivités locales ne pourront jamais tout. Alors, pour les besoins de la cause, eux, ancien employé de la Sécu, cheminot et métallurgiste, ingénieur de la navigation aérienne et directeur d'entreprise… se sont fait tour à tour charpentier et couvreur, menuisier, électricien et terrassier pour manier la pelle et le marteau, la bétonneuse, le tournevis ou les pinceaux… Et c'est bonheur de les voir tous les jeudis, leur jour, s'échiner sur une pièce de bois, l'élément d'un vénérable mécanisme pour façonner les beaux jours qui chantent de cet ancien domaine. Raymond et Robert, Gilbert, Pierre et Walter et les deux Jean-Paul n'en sont plus à leur premier printemps. Mais pour flirter avec les 70 berges, ils n'en gardent pas moins un enthousiasme de collégien à son premier amour. Chapeau bas donc et trémolo de rossignols pour ce club des « Bras cassés », bénévoles embrigadés en CDI et qui sur le terrain « cassent » la baraque. Les voilà depuis le 1er novembre qui s'affairent à meubler le futur parc de la pisciculture. Rappelons que parallèlement à la réalisation du musée du Rhin (voir ci-contre), l'association eAu Vive a décidé un réaménagement complet des abords du domaine. Au programme une recomposition à l'ancienne puisque reprenant les premiers cheminements et ces jardins symétriques à la française qui caractérisaient l'établissement du temps de sa splendeur. Et dans le « plan de paysage et d'interprétation du site de la pisciculture impériale » dessiné par l'ingénieur paysagiste Alain Freytet, nos «Bras cassés» ont fait leur affaire du mobilier extérieur. Un joli travail à l'huile de coude pour monter des encadrements de panneaux d'information, créer des rambardes, jeter des passerelles à croisillons sur les fils d'eau reconstitués. La facture se veut soignée : style Second Empire. Mais à l'image des sculptures de ces formidables tailleurs de pierre qui montaient nos cathédrales du Moyen âge, l'oeuvre livré peut s'accompagner de quelques fantaisies peu orthodoxes, quelques éléments « brodés » qui font la signature de nos « Bras cassés ».
Pontonniers aujourd'hui, « Bras cassés » toujours.
Eugène Groellin
Une passerelle dans le style de l'époque. Et toujours le même enthousiasme.











