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Walthéry toujours partant

Le père de l'hôtesse de l'air Natacha a « encore le feu sacré après 38 ans de métier ». A 54 ans, François Walthéry vient de recevoir la récompense suprême du 16e Festival Bédéciné.

FRANÇOIS WALTHÉRY est considéré comme « l'un des meilleurs représentants de la bande dessinée franco-belge classique et grand public ». Lauréat « logique » du grand prix (récompense suprême du festival Bédéciné, qui couronne un auteur pour l'ensemble de son oeuvre), le père de Natacha reste pourtant d'une modestie à toute épreuve. Rencontre.

Votre renommée est liée à Natacha. N'est-ce pas un peu pesant ?

Au contraire, je regrette de ne pas pouvoir faire plus d'albums ! Je suis un type assez lent : pas pour dessiner, mais j'ai des difficultés à m'approcher de ma table à dessin... Une fois lancé, ça va tout seul. Après 38 ans de métier, j'ai encore le feu sacré. Et je ne suis pas au point de pouvoir m'arrêter. Je vis de la bande dessinée, mais pas aussi bien que d'autres.

Malgré Natacha ?

C'est un personnage qui a eu tout de suite un énorme succès, mais cette renommée ne s'est pas aussi bien traduite dans les ventes. Depuis sa naissance, le 26 février 1970, l'éditeur a dû écouler 5 millions d'albums. Ça peut paraître beaucoup, mais rapporté aux 30 ans qui se sont passés depuis...

C'était quand même la première femme de la BD jeunesse !

C'est Sophie, créée par mon ami Jidéhem, qui devait l'être. Mais elle est arrivée trop tôt et il a fallu la « raboter » d'une dizaine d'années pour que ses aventures puissent exister dans Spirou. Natacha est venue après mai 68, même si j'y pensais depuis 1967. C'est une amie qui m'a servi de modèle, ainsi que certaines actrices : beaucoup Dany Carrel, un peu Mireille Darc... Le rédacteur en chef Yvan Delporte m'a suggéré d'en faire une hôtesse de l'air. Je n'aimais pas les avions, mais techniquement j'étais capable de les dessiner. Gos, le père du Scrameustache, s'est proposé pour faire le scénario. Et c'est Peyo lui-même qui a présenté mes premières planches à l'éditeur.

Le côté sexy de Natacha n'était pas un frein ?

Ce n'était pas conscient. Rien n'était prémédité. Tous les personnages qui fonctionnent sont un peu le fruit du hasard. La grosse histoire, c'était que Natacha devait avoir un copain. On l'a appelé Walter, parce que la femme de Gos venait d'avoir un garçon qui s'appelait comme ça. Le personnage du steward était là pour prendre les baffes qu'on ne pouvait pas donner à une femme. Mais je me suis rattrapé en malmenant Natacha par la suite ! Walter et elle forment un couple dont on ne connaît pas les rapports exacts. Il faut imaginer ce qu'ils font entre les cases... Surtout qu'ils sont restés deux ans tout seuls sur une île déserte (dans L'île d'outre-monde, ndlr). Ce qui est rigolo, c'est qu'ils continuent à se vouvoyer. Ça vient du fait qu'en wallon, le tutoiement est considéré comme trop familier. La BD belge de l'époque était donc très polie et c'est resté dans Natacha.

C'est aussi une série qui bouge beaucoup.

Ça, c'est bien moi. Il faut du dynamisme dans le découpage. Même dans les séquences dialoguées, je varie les plans pour ne pas ennuyer le lecteur... Et pour ne pas m'ennuyer moi-même ! Même quand on ne fait que dessiner, il faut savoir raconter une histoire. Tout doit être étudié pour ne pas se répéter.

Votre travail au studio Peyo a dû être formateur pour ça ?

Je dirais même essentiel. De 1963 à 1974, on m'a mis à toutes les sauces. Je dessinais Benoît Brisefer, je donnais des coups de main sur les Schtroumpfs pour l'encrage, les décors, les personnages... Même après cette période, Peyo nous rappelait, Wasterlain et moi, parce que ça le confortait de nous avoir à ses côtés. Il nous appelait ses « vieux nègres». C'était une grande époque. On recevait des conseils de Franquin, qui disait gentiment quand ça n'allait pas, gommait la moitié du dessin et le refaisait. De quoi attraper des complexes pendant six mois ! Il y avait aussi Jijé, notre père à tous, Will et Tillieux, mes pères spirituels... Des gens bourrés de talent et qui ne s'en rendaient même pas compte. Moi, je côtoyais ceux qui m'avaient fait rêver pendant mon enfance. A l'époque, je n'imaginais pas qu'on pouvait vivre de ça. C'est vraiment un rêve qui s'est réalisé.

L'hôtesse de l'air la plus célèbre de la bande dessinée fête ses 30 ans cette année.

© Walthéry - Dupuis

Propos recueillis par Gilles Haubensack

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