L'Eglise catholique, après avoir perdu une bonne part de sa substance, serait-elle en train de renaître ? Convaincus en tous cas qu'elle ne peut pas mourir, les évêques français, qui se sont réunis du 4 au 10 novembre à Lourdes pour leur assemblée annuelle, ont scruté les signes de renouveau qui se font jour dans leurs diocèses. Confrontant leurs expériences sur le terrain, ils estiment que les critères habituellement retenus - baisse du nombre de prêtres, des baptêmes et mariages religieux, faible participation aux messes dominicales - ne suffisent pas à juger de la vitalité de l'Eglise. « Ce qui est en train de germer ne se voit pas », a déclaré Mgr Jean-Charles Thomas, évêque de Versailles. « Le christianisme est peut-être mort, mais la foi, elle, est bien vivante », a rencheri son collègue d'Evry, Mgr Michel Dubost.
Baptêmes d'adultes en hausse, laïcs en charge de responsabilités, création de groupes de rencontre dans les quartiers difficiles, échanges interreligieux spontanés dans les périodes de crise, affluence aux pèlerinages, vitalité nouvelle de toutes petites communautés... l'Eglise catholique reste, en France, le plus important réseau associatif, sous des formes qui n'étaient pas toujours celles d'il y a quelques décennies, et reflète assez bien les réalités de la société d'aujourd'hui. « Qui d'autre que nous aujourd'hui peut rassembler quarante nationalités comme nous le faisons chaque dimanche à la cathédrale d'Evry », a relevé Mgr Dubost. Plus ancien évêque de l'assemblée, Mgr Thomas n'hésite pas à dire qu'il trouve dans son sacerdoce « plus de bonheur » qu'à ses débuts, il y a 29 ans : « Avant, je dirigeais mon diocèse sur le mode institutionnel, maintenant, j'anime, je transmets ». Cependant, « il ne faudrait pas qu'à force de voler de victoire en victoire, nous nous retrouvions bel et bien morts », souligne Mgr Dubost. Comme d'autres, il souhaite que l'Eglise poursuive sa réflexion sur la crise de la société, une crise de civilisation qui, selon lui, ne désarçonne pas que l'Eglise catholique.
Pas consultés
Dans son discours d'ouverture, le président de la conférence des évêques, Mgr Louis-Marie Billé, avait souligné que les temps étaient « rudes » pour l'Eglise catholique, en raison de « tout ce qui peut conspirer à faire du christianisme (...) une réalité sinon marginale, en tout cas de plus en plus incongrue dans la société française ». Les évêques s'agacent notamment que, lorsqu'il s'agit de légiférer sur le PACS, l'IVG ou d'autres problèmes de société où ils estiment avoir des choses à dire, on ne les consulte pas. Ils se sentent agressés, injustement à leurs yeux, alors que l'Eglise n'est plus comme autrefois en position d'imposer quoi que ce soit, et ne le revendique pas. « Aujourd'hui c'est plus facile de nous attaquer, parce que nous sommes faibles, que de s'en prendre à ceux qui sont vraiment forts », a jugé l'évêque de Versailles.











