Ils ont été quelques-uns, en Alsace, à avoir côtoyé l'ancien Premier ministre. Tous évoquent d'abord l'homme de la Nouvelle société.
« Chaban, c'est toute ma jeunesse! » Jean-Luc Reitzer, devenu député-maire RPR d'Altkirch, milite depuis son adolescence au sein du mouvement gaulliste. Adhérent de l'UJP, l'Union des Jeunes pour le progrès, qui a soutenu l'action de Jacques Chaban-Delmas comme Premier ministre, il a fait campagne pour lui lors de la présidentielle de 1974. « Après le dernier meeting électoral, à Paris, nous avons descendu les Champs Elysées en criant : On va gagner ! Mais les sondages déjà disaient qu'on allait perdre...» Jean-Luc Reitzer en est persuadé : « Si Chaban l'avait emporté au lieu de Giscard, nous n'aurions pas eu Mitterrand sept ans plus tard », laisse-t-il tomber, en insistant sur sa nouvelle vision du dialogue social... Avec un peu d'amertume, il évoque la fracture au sein de la famille gaulliste, qui remonte à cette époque-là. « Avec un courant plus social, plus progressiste et un courant plus conservateur...»
« Traduire l'idée de participation »
Son ami Robert Grossmann, qui a fondé et présidé l'UJP au temps de la grande époque du gaullisme, avait croisé Jacques Chaban-Delmas au début des années 60. « J'étais encore un gamin...» Mais il a surtout appris à le connaître après l'élection de Georges Pompidou, en 1969. « Il a demandé à me voir après sa nomination à Matignon. Il voulait travailler avec l'UJP dans un esprit d'ouverture. Malgré notre jeunesse, il nous a considérés comme des partenaires actifs. Nous avons participé à des réunions avec lui ou avec Jacques Delors », raconte-t-il, en évoquant « son langage nouveau et avant-gardiste ». Son humour aussi. L'ancien président de l'UJP a vécu, en direct, la campagne électorale de 1974, les tensions entre dirigeants de l'UNR, alors que Chaban avait la famille gaulliste derrière lui. La défaite, au soir du premier tour. « Il a eu la volonté de traduire de manière moderne l'idée de participation du général de Gaulle. C'était un gaulliste absolument fidèle...», assure-t-il. Un autre Strasbourgeois, François-Georges Dreyfus, qui vit à Paris où il est professeur émérite à la Sorbonne, a travaillé au côté de l'ancien Premier ministre, avec les gaullistes de gauche comme Léo Hamon et René Capitan. D'abord comme l'un des responsables du club « Université moderne », qui a rassemblé jusqu'à 5000 enseignants après 1968, puis, après 1969, comme collaborateur d'Olivier Guichard, alors ministre de l'Education nationale.
« Faire du social sans être socialiste »
« Nous réfléchissions à la place de l'Université au sein de la Nouvelle Société à laquelle il a attaché son nom. Parfois, il nous disait : ça, c'est possible, il faut foncer. Et on se heurtait déjà au "mammouth". Chaban, c'était la simplicité, l'intelligence, l'humour aussi », souligne l'ancien directeur de l'IEP de Strasbourg, très ému de la disparition de Chaban. Son fils, Bernard, ancien secrétaire général du département du Bas-Rhin, aujourd'hui professeur au CNAM, chargé du droit des collectivités territoriales, n'a pas oublié la campagne de 1974, quand Chaban est venu chez ses parents, avant de présider le meeting au palais des fêtes de Strasbourg. Il avait 17 ans à l'époque. « Nous savions que nous avions perdu, mais c'était un meeting fabuleux », s'enthousiasme Bernard Dreyfus qui militait au club Nouvelle Société. « Pour définir Chaban, il y avait un mot : l'ardeur. Et il nous a appris qu'on pouvait faire du social sans être socialiste...»
Chaban-Delmas (à gauche), lors d'un meeting à Mulhouse. C'était en 1974 pendant la campagne présidentielle.
Archives Daniel Schmitt











