De Gaulle venait de mourir, Pompidou lui avait succédé à l'Elysée. La France ne connaissait pas le chômage et les laissés-pour-compte. Mais elle était dans l'attente d'un nouveau souffle. La révolte étudiante de 1968 avait révélé ce besoin de changement, de modernisation aussi. De Gaulle s'y était employé en proposant la régionalisation, une décentralisation avant l'heure. Et la participation. Il a sans doute eu tort de s'attaquer en même temps au Sénat. Désavoué, il démissionna... Chaban est arrivé, montant quatre à quatre le perron de l'Elysée. Encore tout auréolé du prestige du résistant et du général qu'il était devenu à 29 ans, incarnant un nouvel élan, alors qu'il venait de passer le cap de la cinquantaine. Mais surtout, Chaban-Delmas avait compris que la société française devait évoluer. Qu'il fallait la rendre plus juste, plus conforme en cela au message du gaullisme. Donner une seconde chance à ceux qui avaient connu l'échec scolaire. Inscrire l'égalité professionnelle entre hommes et femmes dans la loi. En lançant son projet de « nouvelle société », élaboré avec le social-démocrate Jacques Delors, il a montré que la gauche n'avait pas le monopole des idées généreuses. Il a fait rêver une partie de la jeunesse, à une époque où la politique n'était pas encore déconsidérée. Mais sa « nouvelle société » est apparue trop audacieuse. Trop novatrice pour les conservateurs. Trop à gauche pour tous les politiques attachés au maintien des clivages traditionnels... Dont une partie de la famille gaulliste qui, pour la première fois depuis la mort du Général, étalait ses divergences. Désavoué par Pompidou qui lui préfèra Messmer comme Premier ministre, affaibli par la publication de sa feuille d'impôt, Chaban a été trahi par une poignée des siens. Lors la courte campagne électorale qui a suivi la mort de Georges Pompidou en 1974, tous les arguments ont été utilisés pour l'abattre, jusqu'aux rumeurs habilement distillées. Chirac, qui sera vingt ans plus tard l'homme de la fracture sociale, a roulé pour Giscard... Trente ans se sont écoulés depuis. Les chabanistes sont rentrés dans le rang. Quelques-uns ont opté pour la gauche, d'autres sont restés au sein du mouvement gaulliste qui n'a eu de cesse, depuis, de se déchirer. D'autres encore ont arrêté de militer. Certaines de ses idées, comme la recherche du consensus au-delà des partis, du dialogue social, mais aussi l'esprit d'ouverture, et pourquoi pas cette exigence d'une nouvelle société, sont pourtant toujours d'actualité.











