L'être humain risque fort de jouer les Noé à en juger par un premier déluge qui s'abat cette semaine : celui des prévisions climatiques.
LA GRENOUILLE dans son bocal est devenue aussi folle qu'une vache dans son étable. Et les savants, qui s'apprêtent à se pencher sur le climat mondial à La Haye, sont inquiets pour la santé du batracien symbole du temps.
Ça m'intéresse lance un vibrant appel de détresse : « S.O.S. climat » et énumère les symptômes de la fièvre qui secoue la planète : « Pluies diluviennes, canicules, tempêtes...» « Ces perturbations sont-elles dues à nos activités ?» s'interroge le mensuel scientifique. Vous pouvez enlever vous moufles, reléguer vos skis au grenier et commencer à préparer la crème solaire : « Dans 100 ans, 95 % des glaciers alpins auront fondu ». Des luges à Chamonix ? C'est fini. Demain on dira déluge à Chamonix et on fera du ski nautique à Megève, si l'on en croit les experts du thermomètre. Et on est sûr d'une chose : cet ice-crime se paiera cher.
Noël au balcon, Pâques aux insolations
Ceux qui trouvent que le flocon se fait rare verront leurs craintes confirmées. Nous venons de vivre « la décennie la plus chaude depuis 10 siècles » affirme une expédition qui a prélevé de la glace dans l'Himalaya et « tout indique que la situation va encore s'aggraver dans les prochaines années ». Le nouveau dicton à la mode pourrait bien être : « Noël au balcon, Pâques aux insolations». Et ce n'est pas la lecture de Time qui va faire baisser la trouille ambiante. « Le climat sauvage » est en première page du magazine qui confirme que « le réchauffement général provoque déluge et destructions en Europe ». Pas franchement optimiste, le confrère ajoute : « Les scientifiques disent que nous avons intérêt à nous y habituer ». « Le meilleur conseil est de sortir les parapluies et les bottes et de chercher des terres élevées ». A ce rythme, le Mont-Blanc risque de devenir la plage à la mode quand l'Atlantique aura recouvert la France. On entend déjà fredonner la nouvelle version du tube de Sheila et Ringo, « Laisse les sous-marins à Venise », par ceux qui ont lu Paris Match. Ecrasé par le poids des maux et le choc de la météo, l'hebdo titre « S.O.S. planète en danger » et donne la parole à un Nicolas Hulot aussi furibard qu'une tempête dans les Vosges. L'explorateur constate tristement : « Au-delà de la pénurie de conscience, nos sociétés ont aussi un tragique déficit de mémoire ». Franchement pas heureux, il remarque que « pendant ce temps, la gauche et la droite continuent de se taper sur la gueule à coups d'affaires et de querelles d'un autre âge ». Chirac-romagnon contre Jospin-andertal sont passés de la guerre froide à la chaude empoignade, ce qui laisse froid beaucoup d'électeurs. VSD pour sa part imagine un Paris ensablé, d'où émerge un Arc de Triomphe et des palmiers accompagnés d'une question : « Nos enfants verront-ils ça?» On entend déjà monter le choeur des chérubins chantant : « Ah, Sahara, Sahara, les étés chauds on les aura». Les toubibs, eux ne seront pas menacés par le chômage : « La canicule entraînerait une mortalité supérieure en été, le développement des maladies liées à la prolifération d'insectes porteurs de gènes pathogènes, et la multiplication des cas de calculs urinaires ». La Croix chauffée au rouge aura du mal à venir en aide aux pauvres Terriens. Sciences et Avenir fait sa première page avec une photo d'un homme désespérément accroché à son parapluie au milieu d'une rue transformée en torrent et prévient « pourquoi il va y avoir de nouvelles tempêtes». Notre chanteuse à couette, décidément dépassée, ne dira plus « l'Eole est finie » en apprenant que « le moindre coup de vent pourra donc représenter une menace sérieuse pour les régions du globe les moins élevées ». Au petit jeu du Mistral perdant, le bipède a visiblement loupé le gros lot. Eurêka en a ras le baromètre et hurle : « De qui se moque-t-on?» Le mensuel rappelle que « le 13 novembre s'ouvre à La Haye la sixième conférence internationale sur le climat, durant laquelle les pays doivent s'engager à lutter contre l'effet de serre. Mais quelle peut être l'efficacité de mesures qui visent à "s'arranger" avec la pollution plutôt qu'à la limiter fortement ? » Les lecteurs ont intérêt à sortir leur pébroc pour s'abriter d'un déluge de condamnations contre « les routiers, mariniers, pêcheurs, agriculteurs, chauffeurs de taxi, ambulanciers, autocaristes et... 88 % des Français (qui ont) réclamé une essence moins chère ». La Vie a le mot pour rire en écrivant « nous sommes entre deux eaux ». A moins que l'hebdo catholique, habitué à marcher sur les flots, n'étudie une version plastifiée à lire par les scaphandriers. En tout cas, le magazine s'étonne des slogans comme celui des routiers qui assurent : « Le gasoil, c'est notre sang ». Et leurs veines ? Des durites ? Il leur faudra mettre un peu du liquide de refroidissement dans leur enthousiasme, après avoir lu dans L'Express que « le réchauffement va se poursuivre » et que « l'augmentation de la température sera de 1,5 à 6 % en moyenne ». Il va donc falloir s'adapter, voir muter. La lecture de FHM (For Him Magazine) qui demande à ses lecteurs « comment ferez-vous l'amour demain?» pouvait être utile. On y apprend comment on a mis « les hautes technologies au service du plaisir ». On découvre « le missionnaire de l'espace » etc... Mais rien sur l'amour sous-marin. Ils ont oublié la version Cousteau d'Histoire d'eau qui mérite bien ses palmes académiques.
La mode printemps-été 2050.
AFP











