Le calme est revenu aux Chenevières, mais une certaine psychose règne toujours au sein des habitants de la Zup.
Avec l'embrasement des Chenevières, dans la nuit du 28 au 29 octobre, la ville de Héricourt a défrayé la chronique au niveau national. Une cinquantaine d'individus a mis le feu aux poudres après le meurtre, la nuit précédente à Lure, d'un jeune Héricourtois d'une famille bien estimée. Le bilan est lourd : six véhicules, bien ciblés, incendiés, sans compter les tentatives avortées ; douze autres détériorés ; quatre véhicules appartenant aux forces de police et aux pompiers canardés et grêlés ; une voiture volée ; dégradations au Point public et à l'école maternelle Louise Michel ; vitrine brisée au Centre commercial, sans parler des dégâts annexes... Toute la semaine dernière, les enfants de l'école maternelle ont dû travailler avec les stores baissés, les fenêtres n'étant pas encore réparées.
Tensions persistantes
Dans la semaine qui a suivi, un climat de violence a perduré. Pour calmer les esprits, la municipalité avait cru bon d'affréter un car et un fourgon du Centre Pergaud lors de la marche silencieuse, organisée à Lure à la mémoire de Djamel Benamane. Une manifestation entachée par la présence déplacée d'un drapeau et par l'opération escargot sur la route du retour, durant laquelle des battes de base-ball ont été brandies contre un camionneur autrichien et son poids-lourd. On était loin de la marche silencieuse et pacifique. Cette tension latente était encore visible à travers deux nouveaux incidents : le canardage d'un car scolaire et la bagarre générale qui a éclaté le dimanche sur le stade du Mougnot où l'on retrouve, sans esprit d'amalgame, une même volonté de provocation.
Après l'élucidation rapide de l'enquête, il convient d'analyser à froid le fil des événements qui ont traumatisé une grande partie de la population du quartier. « La police héricourtoise est surprise et choquée. C'est un fait divers qui ne nous concernait pas au départ. De notre côté, on essaye d'avoir de multiples contacts avec la Zup » précise le commandant Projetti. Même incompréhension chez les pompiers dont la mission, rappelons-le, est seulement de porter secours. Depuis cette nuit d'émeute, les plaintes des locataires affluent en mairie et à l'office HLM pour réclamer la sécurité aux Chenevières. Selon les blocs où les gens habitent, une certaine population se sent en insécurité. Les clients du centre commercial ont peur, la boulangerie préfère fermer une demi-heure plus tôt en soirée. « On a frôlé le drame. Les gens qui voyaient depuis chez eux leurs voitures incendiées étaient en furie, prêts à se défendre. Maintenant, on voit de plus en plus de gens qui désertent pour aller coucher ailleurs », déclare une habitante placée aux premières loges, rue Léon-Blum. « La République doit garantir la sécurité. La demande des gens de vivre tranquillement est légitime, d'autant plus qu'il s'agit de gens généralement modestes qui habitent dans les quartiers sensibles. Ce qui s'est passé est inacceptable, irrationnel, injustifiable. La prévention passe aussi par la répression », affirme Jean-Michel Villaumé, 1er adjoint et président des HLM. On sait que la ville a décidé une aide exceptionnelle pour indemniser les automobilistes victimes.
Police de proximité
Si la police n'a pas pu procéder à des arrestations dans le cadre du flagrant délit, l'enquête suit son cours et plusieurs casseurs devraient être interpellés prochainement. Pour éviter de tels débordements et une montée de l'insécurité, la police de proximité reste peut-être le seul espoir de solution. « La police de proximité consiste à mettre sur le terrain le maximum de policiers et à les sectoriser, à les fidéliser sur un quartier. En relation constante avec la population et les acteurs sociaux, ils seront compétents pour apporter des réponses en termes de prévention comme de répression », explique le commandant Projetti. Héricourt, qui figure sur la liste des villes concernées par cette nouvelle police, verra donc un renforcement du personnel et des adjoints de sécurité. Dernier espoir avant la montée potentielle des extrêmes de tous poils.
Le Point public, symbole de l'Etat, a été détérioré au centre commercial.
M.G.











