Très connu à Lure, Michel Balezeau, gardien au Centre Schlotterer, cultive avec talent la passion de la confection de diligences et carrosses, qu'il reproduit à l'identique.
AGÉ DE 54 ANS, Michel Balezeau, employé par la mairie de Lure, a la lourde charge de veiller à ce que tout se passe pour le mieux au Centre Schlotterer, dont il est le gardien avisé. Son rôle social, évident, est encore accentué lorsqu'il est amené à prendre en charge, la nuit principalement, les personnes en difficultés. Ses activités ne lui laissant guère le loisir de s'adonner à sa passion, à savoir la construction de diligences et de carrosses. Dès l'âge de 15 ans, à Vouhenans, chez ses parents, il crée, en bois, un carrosse qui roule bien sûr, mais qui réserve une surprise : en ouvrant plus ou moins grande la porte, un poste de radio se met en route plus ou moins fort ! Astuces suprêmes, l'antenne, c'est le fouet du cocher tandis que le frein sert à changer les stations ! Vient l'âge de travailler et Michel occupe divers emplois ce qui ne l'empêche pas de se fabriquer des meubles et d'en réaliser à échelle réduite qui font le bonheur des coopératives scolaires à qui il les offre. Il collectionne alors les postes de TSF qu'il répare, bichonne et met en état de fonctionnement. Par besoin de place, il se sépare de ses trésors mais conserve un poste de 1946 (date de sa naissance), une radio Solo, montée par les vendeurs de l'époque. Nostalgique il se souvient des émissions écoutées comme du théâtre « Ça va bouillir », la « Famille Duraton », « Quitte ou double ».
Auto... radio
Et puis, un jour, il réalise une brouette en fils électriques et l'idée lui vient de reproduire son carrosse initial en utilisant ce nouveau matériau. Le résultat est probant, le véhicule est magnifique. Aussi Michel continue, et, à l'aide de modèles qu'il trouve dans des revues il construit une diligence dont l'original se trouve à l'hippodrome de Vincennes et sert lors de cérémonies. Le landau carrosse de la reine d'Angleterre, avec son attelage de trois chevaux l'inspire comme le fiacre aménagé pour distribuer le courrier à Paris. Les coffres, comme sur le « vrai » sont déposés chaque soir en lieu sûr pour conserver l'intégrité de son contenu non encore distribué. Une autre curiosité concoctée par Michel est une voiture hippomobile, ancêtre immédiat du bus. Son marchepied arrière permet d'accéder aux six rangées de sièges s'ouvrant sur l'extérieur par autant de fenêtres. 37 mètres de fils électriques neufs (pour que la soudure tienne) ont été nécessaires et 400 points de soudure ont été réalisés sur cette oeuvre. Malicieux, Michel précise qu'« il est très simple de fabriquer de telles pièces puisqu'il n'est nécessaire que de quelques outils, une pince coupante, deux à bec, un fer à souder ». N'en déplaise à sa modestie, il faut y ajouter la patience et surtout le talent.
Détail authentique
La particularité de ces véhicules est qu'ils sont tous articulés. Les roues sont en fils électriques, les bandages sont enroulés méticuleusement avec du fil télégraphique, plus mince, les chaînes sont assemblées maillon par maillon. La « queue de cochon » pour tenir les rênes (en lacets de souliers) est même présente, les moyeux des roues sont faits avec des valves de chambres à air, des rayons de vélos sont utilisés. Les colliers de chevaux sont ceux qui équipent ces animaux en Haute-Marne et en Franche-Comté, les palonniers sont également en place. La carcasse des véhicules est recouverte de feutrine, seuls les chevaux ne sont pas de la main de Michel mais son rêve secret est de réussir à les faire marcher. Nul doute qu'il y parviendra, peut-être avec la finition de la diligence de la « Petite maison dans la prairie » qu'il voudrait bien avoir le temps de terminer. Faisant partie de son univers quotidien, ces petites merveilles de travail bien fait, réalisées avec le souci du détail authentique sont pour Michel de véritables compagnons qu'il « aime contempler chaque matin, en se levant, sur son bahut ».
Réalisés avec le souci du détail authentique, les modèles réduits de Michel Balezeau sont un savant mélange de talent et de patience.
Gérard Faivre











