Yves Duteil a enchanté son public de la salle des fêtes de Saint-Louis et prouvé que son registre s'étend bien au-delà du fameux « Prendre un enfant par la main ».
PROCLAMÉ chanson du siècle dans les années 87-88, vendu à près de 1 300 000 exemplaires (soit l'équivalent de trois disques de platines), le fameux titre « Prendre un enfant par la main » a indéniablement consacré la carrière d'Yves Duteil. Ce refrain déjà mythique en ferait toutefois presque oublier que l'artiste a à son actif tout un arsenal de chanson toutes très belles parce qu'elles ne sont enrobées d'aucun de ces artifices propres à la musique dite contemporaine, parce que la mélopée de la guitare (sèche) est toujours en parfaite osmose avec les mots et les rimes riches, que l'artiste cisèle à la manière d'un orfèvre. La salle des fêtes ludovicienne était un peu moins garnie qu'à l'habitude pour le tour de chant d'un artiste de dimension nationale. Ils n'étaient que quelque 300, 350 personnes au mieux, alors que les organisateurs tablaient au minimum sur 500 spectateurs.
Nous ne l'oublions pas
Troubadour des temps modernes, l'artiste, toujours souriant, accompagné au piano par son fidèle complice Michel Précastelli, a chanté la vie, l'amour, rendu quelques hommages discrets et poussé de subtils « coups de gueule » dans une langue de Molière peaufinée à l'extrême, fleurie de mots à la sonorité chantante et de rimes serties dans un écrin musical parfois même feutré. Les textes de Yves Duteil sont des poésies mises en musique. Et on s'est aperçu, au fils des titres, que des vers d'apparence banale portent mieux encore que le ton du sarcasme ou l'acide du vitriol. « Pour stopper un idéal, on n'a pas besoin de chars ni de balles... ». Court extrait d'une chanson titrée « Retour d'Asie » et suivie de « Yen », les deux traitant de la condition des enfants du Vietnam, ces paroles reflètent largement une partie de l'univers cher à Duteil. Quant l'artiste chante l'amour, il avoue ne pas avoir voulu faire comme d'autres et « chanter l'amour, qui invariablement, se termine mal ». Sa muse c'est Noëlle, son épouse, qui lui a inspiré « Autour d'elle » et « Presque vingt ans ». Quant Yves Duteil prend fait et cause pour un contemporain, ce dernier peut être illustre, comme Ytzak Rabin, le Prix Nobel de la Paix Israélien, auquel l'artiste a voulu rendre hommage, parce que lors de ses funérailles, il a été ému par Noah, la petite fille du disparu. « La Tibétaine » est également un hommage, mais une marque de respect envers une prisonnière politique du Tibet, « à laquelle je tiens à faire savoir que nous ne l'oublions pas ». Que dire encore de ce texte dédié au capitaine Dreyfus, « Alsacien, Juif et capitaine, il fut mon grand-oncle ». Et puis, en a parte, le chanteur ne se cache pas d'être devenu un grand défenseur de l'environnement. Alors, un peu à la manière de Jean de La Fontaine, il moralise, faisant parler tour à tour, dans ses ballades, les arbres de nos forêts ou les dauphins confinés par les humains à des shows dans les delphinariums, la vache folle, la drogue, le tabagisme, la pollution...
Pas sans elle
Un grand moment du spectacle aura été celui d'un duo inattendu et virtuel avec Véronique Sanson. Filmée lors d'un gala avec Yves Duteil, la blonde pianiste est apparue en fond de scène sur un écran. Par la magie de la technique, les fans ludoviciens ont été gratifiés d'un fameux duo sur le refrain de « Mélancolie », un titre dont la paternité revient également à Yves Duteil et qu'on peut retrouver sur un album de duos enregistré par l'artiste avec la complicité de quelques unes des plus belles voix de la chanson française. L'illusion a été quasi-parfaite, à la fin de la chanson, quand Yves Duteil s'est éclipsé par un côté de la scène, pour réapparaître... sur l'écran et saluer le public avec sa partenaire. Ceux qui n'avaient rallié la salle des fêtes que pour communier au fameux « Prendre un enfant par la main », auront finalement dû patienter jusqu'aux ultimes instants du spectacle. Yves Duteil, taquin, a obligé son public à un rappel enthousiaste avant d'empoigner à nouveau sa guitare. « Vous ne croyiez tout de même pas que j'allais partir sans vous la faire » a-t-il lancé, malicieux. « A tous les enfants de la terre » a introduit, en prime, le refrain tant attendu et évidemment repris en choeur. Il n'en fallait pas davantage pour qu'Yves Duteil obtienne ce que peu d'artistes de passage à Saint-Louis ont vécu : une ovation debout.
Yves Duteil en duo sur écran...
Photos Astrid Fromm











