Le colloque international « Gendarmerie et démocratie » s'est ouvert hier à Strasbourg. Le ministre de la Défense, Alain Richard, y a plaidé pour une « déontologie commune » aux forces de sécurité européennes.
GENDARMERIE et démocratie. Pour les révolutionnaires de 1789, les deux mots ne doivent pas être antinomiques, au contraire. « La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique », est-il écrit dans l'article 12 de la Déclaration des Droits de l'homme. Cette phrase a été évoquée à maintes reprises hier lors de l'ouverture du colloque « Gendarmerie et démocratie » au Conseil de l'Europe à Strasbourg.
Organisée par la Gendarmerie nationale française, dans le cadre de la Semaine européenne de la police et des droits de l'homme, cette manifestation réunit quelque 450 participants venus de 41 pays, de l'Espagne à l'Albanie, en passant par la Côte d'Ivoire, le Cambodge ou encore la Colombie. Et la seule évocation de ces différents pays suffit à comprendre que gendarmerie et démocratie ne vont pas toujours facilement de pair.
Les Français, « des privilégiés »
En France, « nous sommes des privilégiés », résume Pierre Truche, président de la Commission nationale consultative des droits de l'homme et animateur de l'une des tables rondes. Mais, ici aussi, il a fallu faire des progrès, notamment à la suite de condamnations de la Cour européenne des droits de l'homme de Strasbourg. A un autre échelon, la « défense de l'Europe des Droits de l'homme passe par la construction d'un édifice commun de protection des biens et des personnes complémentaire de l'Europe de la libre circulation », souligne Catherine Trautmann, maire de Strasbourg. D'où cette « nécessité de travailler sur ce qui peut former une déontologie commune à toutes les forces européennes », renchérit le ministre de la Défense, Alain Richard, afin d'aboutir à « une culture professionnelle et des réflexes opérationnels inspirés des mêmes principes ». Une « déontologie commune » qui pourrait au moins servir de point d'appui à d'autres polices à statut militaire. Le colloque a aussi été l'occasion pour le ministre de la Défense d'évoquer les récentes évolutions qui ont, ou vont concerner la Gendarmerie nationale. Une réforme du recrutement va ainsi progressivement permettre de s'ouvrir aux diplômés de l'université, aux jeunes et aux femmes. « Sans perdre son caractère militaire, la gendarmerie conserve et accroît son ancrage social », précise Alain Richard.
Quand désobéir ?
Des instances de concertation ont d'autre part été progressivement mises en place afin de débattre des difficultés rencontrées par les gendarmes, lesquels ne disposent pas de syndicats pour les représenter. L'affaire Bonnet, en Corse, a pour sa part réactualisé le débat sur le conflit entre obéissance hiérarchique et respect du droit. Débat qui ne date d'ailleurs pas d'aujourd'hui et qui ne se pose pas aux seuls gendarmes. En la matière, un système de veille a été mis en place pour permettre à un militaire d'exposer son problème à un pair ou à un supérieur hiérarchique, avec des garanties de confidentialité. De son côté, le citoyen « demande de plus en plus de sécurité pour pouvoir exercer ses droits », relève Pierre Truche. « Les relations avec les gendarmes, implantés en grande majorité dans la campagne, peuvent se passer bien... Mais elles peuvent se gâter quand il y a des infractions de la route ».
Des représentants de presque tous les continents participent à ce colloque, qui se déroule aujourd'hui encore au Conseil de l'Europe à Strasbourg.
Jean-Marc Loos











