Chaque année, elle affirme un peu plus son emprise : la déferlante de citrouilles est en passe de réussir son pari, devenir une fête incontournable du calendrier français. Au grand dam de certains, au bonheur des autres.
L'AUTOMNE arrive, et avec lui un phénomène inconnu il y a encore quelques années : les citrouilles se mettent soudain à prospérer à chaque coin de rue, derrière chaque vitrine de magasin, affichant aux passants un sourire inquiétant, tandis que les enfants, transformés pour une nuit en monstres effrayants, rivalisent d'audace pour récolter un maximum de sucreries. Il faudra s'y faire, Halloween est là et compte bien rester encore de nombreuses années, au grand désespoir des ardents défenseurs de la culture française. « Encore une invasion américaine, entend-on ici ou là, c'est uniquement un truc pour faire de l'argent ». Certains Sundgauviens, moins combatifs, semblent pourtant se faire une raison : Halloween est une occasion de plus de faire la fête, et c'est bien là l'essentiel. Interrogés sur les intentions qui les poussent à la célébrer, les commerçants et organisateurs de fêtes en tous genres donnent souvent la même réponse, teintée de fatalisme : « Aujourd'hui, ne pas fêter Halloween, c'est aller à contre-courant. Si on ne fait pas d'animation à cette occasion, on est hors-jeu », explique Michel Ségura, gérant du Vidéoclub et du bar altkirchois « L'Arme Fatale ». Halloween divise les foules, les pro et anti-citrouilles n'en finissent pas d'en débattre. Les hommes d'Eglise, en particulier, ont leur avis sur la question : « Ce qui me gêne dans cette histoire, c'est que mis à part le côté festif, Halloween n'apporte absolument rien », explique l'abbé Jean-Luc Lienard. « Qu'on fasse la fête, pourquoi pas, mais quand celle-ci est déconnectée de tout sens, de toute dimension symbolique, on est en droit de se poser des questions ».
Manque de repères
Pour l'heure, l'Eglise catholique ne s'est pas prononcée officiel, laissant les ecclésiastiques donner leur propre interprétation des choses : « Certains prêtres ont parlé de rituels sataniques », poursuit l'abbé Lienard. Il ne faut rien exagérer. Pour moi, Halloween est le témoin d'un manque de repères, d'une véritable inquiétude ; elle exprime les données essentielles de la théologie, dont fait partie la vie éternelle. En cela, cette fête m'interroge plus qu'elle ne me dérange ». Un point de vue que n'altère pas le côté macabre de la fête : « Les enfants sont abreuvés d'horreurs bien pires toute la journée à la télé », répond l'abbé Lienard, qui ne manque pas de relever l'aspect commercial de la chose : « En tant que simple citoyen, je suis étonné de voir que l'on peut créer des besoins aussi facilement chez les gens, simplement avec une bonne campagne commerciale ». La période creuse, entre la rentrée et Noël, est il est vrai idéale pour cette célébration commerciale. « On a entendu parler de cette fête il y a quatre ans, explique M. Ségura, mais à l'époque, rien n'était fait pour la célébrer. L'année suivante, ça a pris de l'ampleur, et ça fait deux ans que nous y participons vraiment. Halloween est devenu une référence, et puis c'est une belle fête, ça fait un peu penser à un carnaval d'automne. Dans notre vidéoclub, les gens louent effectivement plus de films fantastiques ou d'horreur dans cette période, mais c'est uniquement parce que les éditeurs en sortent plus pour marquer l'événement ». Un seul regret toutefois : « On devrait quand même arriver à faire un Halloween à la française, bien que je ne renie pas l'aspect américain : la grande majorité des films que je propose sont américains ». Même constat chez la gérante du magasin de fleurs « Marie-Joëlle » à Altkirch : « Ça fait trois ans que nous célébrons cette fête, en proposant aux clients divers produits dérivés, entre autres des photophores ou des fleurs-sorcières. Ça apporte un petit plus, et de toute façon les gens sont demandeurs d'événements comme ça. N'oublions pas que Halloween est placée au début de l'hiver, qui est une période sombre et grise, en proposant des couleurs chaudes, orangées ».
Richesse culturelle
Pour les commerçants, Halloween ne dope pas vraiment (pour l'instant) le chiffre d'affaires, mais permet néanmoins d'attirer l'attention des clients sur les devantures. Certains regrettent quand même le côté artificiel de la fête, comme Alexis Heimburger, ancien président de l'association des commerçants « Altkirch-Traditions » : « Ce qui est triste, c'est que l'Alsace possède une culture régionale forte, intéressante, alors pourquoi chercher des choses aux Etats-Unis, un pays où l'identité culturelle est en dessous de tout ? Le Sundgau a une véritable richesse culturelle, on fête Halloween uniquement parce que c'est dans l'air du temps », explique-t-il. « Dans l'air du temps », c'est également ce que pense M. Ségura : « Cette fête a pris son essor avec une rapidité incroyable, explique-t-il, vous verrez : dans une dizaine d'années, plus personne ne se rappellera que ça s'est installé en l'espace de deux ans. Ça sera inscrit dans la durée ». Au même titre que le Père Noël ou la fête des pères, deux autres exemples d'implantations réussies en provenance des Etats-Unis. Décidément, les citrouilles sont promises à un bel avenir dans notre pays.
De plus en plus de décors "hallo- weenesques" sont réalisés par des particuliers. Il suffit d'ouvrir l'oeil pour en profiter.
Photos Stéphane Cardia
Comme c'est le cas pour le Père Noël, Halloween a des origines étrangères. Mais les plus jeunes ne s'en souviendront bientôt plus.
Les citrouilles sont certes décoratives, mais certains déplorent le peu de contenu symbolique de cette fête.











