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Edition du mardi 17 octobre 2000

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Le président est mort

Il a assisté ou participé à la mise en place du septennat, de la présidence du Conseil des ministres, du domaine réservé du chef de l'Etat, de la cohabitation, de la dissolution. Descendant d'émigrés irlandais, Mac-Mahon meurt le 17 octobre 1893.

LES JOURNAUX écriront : « La mort de Mac-Mahon est belle comme sa vie. » Au début du mois d'octobre 1893, au retour d'une chasse, le maréchal âgé de 85 ans prend froid. Veillé par son épouse et son fils Patrice, soigné par son médecin le docteur Rummet, le 17 octobre, il fait appeler son ami l'abbé Auvray, curé de Monteresson. En toute lucidité, il reçoit les derniers sacrements vers 8 h et s'assoupit. Peu avant 10 h, il ouvre à nouveau les yeux, dit quelques mots qui évoquent ce qui fut la plus belle période de sa vie, la pacification de l'Algérie : « A moi, les Turcaillots, en avant ! » Et s'éteint doucement. Le dimanche 22 octobre, la France républicaine fait des funérailles nationales à ce maréchal monarchiste qui fut le premier président de la IIIe République. Pas de fausse note dans cette imposante cérémonie patriotique, qui se termine aux Invalides par le discours du président du Conseil ­ le Premier ministre de l'époque ­ Charles Dupuy, républicain modéré mais non modérément républicain, pour reprendre l'expression de ce temps. L'hommage du républicain au maréchal est net, tranchant, sans restriction : « Nos successeurs, mieux placés que nous pour être impartiaux, dégageront des événements des 24 et 16 mai, la personnalité du maréchal, et la montreront simple et droite, rebelle aux intrigues, ennemie des complots, dépassant par sa simplicité les secrètes intentions de ceux qui, en lui imposant le pouvoir, avaient escompté l'inexpérience politique du soldat ou les dispositions supposées du citoyen, pour faire de lui un des instruments de leurs ambitions et de leurs rancunes. »

Sa mort est belle comme sa vie

Le 24 mai, c'était en 1873 ­ 20 ans auparavant ­ et c'est ce jour-là que le maréchal Mac-Mahon avait été porté à la présidence de la République par la majorité, résolument conservatrice, de l'Assemblée qui venait de se débarrasser de Thiers, jugé trop complaisant avec les républicains. Le 16 mai, c'était en 1877, lorsque Mac-Mahon avait poussé à la démission le très modéré Jules Simon, pour lui substituer le ministère d'Ordre moral du duc de Broglie, avant tout soucieux de rétablir la monarchie en France. Cela s'était terminé par la dissolution de la Chambre des députés, en juin 1877, et la victoire des républicains, en octobre. Le 15 décembre, le président de la République avait accepté de signer le texte suivant : « La constitution de 1875 a fondé une république parlementaire en établissant mon irresponsabilité, tandis qu'elle a institué la responsabilité solidaire des ministres. Ainsi sont établis nos devoirs et nos droits respectifs. L'indépendance des ministres est la condition de la responsabilité. Ces principes, tirés de la constitution, sont ceux de mon gouvernement. » L'année suivante, il avait inauguré avec faste l'Exposition universelle, le 1er mai, occasion d'une « lune de miel de la République » entre le maréchal-président et la majorité républicaine de l'Assemblée, qui comptait ­ excusez du peu ­ Gambetta, Grévy, Jules Ferry et tant de noms prestigieux. La crise finale éclate en janvier 1879. Le gouvernement, présidé par Dufaure, un octogénaire, veut mettre en disponibilité dix généraux commandant des corps d'armée. Mac-Mahon s'y oppose : « Qu'on m'indique contre ceux dont vous me demandez la mise en disponibilité des faits répréhensibles, je consentirai à les remplacer (...). Sinon, je ne donnerai pas satisfaction à des passions que je désapprouve. D'après la constitution, j'ai le commandement de l'armée et je ne veux pas la désorganiser. Ce serait commencer que de frapper des généraux qui n'ont pas démérité et que j'estime (...). Je ne veux pas blesser l'armée par des actes qu'elle ne comprendrait pas (...). J'admets en politique le changement des préfets, mais non celui des généraux. » Et devant les ministres muets, il conclut : « Si je suis resté au pouvoir après le 14 décembre, c'est uniquement pour protéger l'armée ; si je l'abandonne aujourd'hui, si je faisais une chose que je considère attentatoire à ses intérêts, à ceux du pays, je me croirais déshonoré, je n'oserais même plus embrasser mes enfants. » Les journées qui suivent sont celles de tous les complots et plus particulièrement de celui ourdi par le cardinal de Bonnechose qui, il est vrai, ne manque pas de cohérence. Le cardinal, qui a rencontré le prince impérial à Arenenberg, en septembre, pendant trois jours, propose le plan suivant à Mac-Mahon : appel à la nation, prorogation de la Chambre pendant un mois, nomination d'un cabinet dirigé par un militaire, recours à la force armée et, ainsi... aller jusqu'au terme du mandat présidentiel, c'est-à-dire jusqu'en 1880. Mais Mac-Mahon refuse, une fois de plus, de sortir de la légalité et de jeter le pays dans l'aventure. Bonnechose sort du cabinet présidentiel en soupirant : « Il n'y a rien à faire. » Le jeudi 30 janvier, à 13 h, conseil des ministres à Versailles. Mac-Mahon constate que le gouvernement s'obstine dans sa demande ; alors il tire de sa poche un texte qu'il lit ­ en fait une lettre de démission ­ et qui se termine en ces termes : « En quittant le pouvoir, j'ai la consolation de penser que, durant les 53 années que j'ai consacrées au service de mon pays, comme soldat ou comme citoyen, je n'ai jamais été guidé par d'autres sentiments que ceux de l'honneur et du devoir, et par un dévouement absolu à la patrie. » Mac-Mahon se lève, serre les mains des ministres, les remercie pour les services rendus et se retire en toute simplicité dans les appartements de la préfecture. À 15 h, la Chambre se réunit. Jules Grévy, son président, lit la lettre de démission de Mac-Mahon, dans un silence absolu. Même scénario au Sénat, où la Gauche applaudit. À 16 h 30, réunion du Congrès (constitué des députés et des sénateurs). Pas de déclaration de candidature. Scrutin clos à 18 h 45. Proclamation des résultats : Jules Grévy obtient 563 voix. La République aura donc désormais un président républicain. Dès l'annonce des résultats, Mac-Mahon ­ en tenue civile et accompagné d'un aide de camp ­ se rend chez Grévy. Entrevue courtoise entre deux hommes dont le plus conservateur n'est pas forcément celui que l'on pourrait croire. Mac-Mahon : « J'ai voulu, monsieur le Président de la République, être le premier à venir saluer le chef de l'Etat. » Un peu plus loin : « Je n'ai, bien entendu, aucun conseil à vous donner, mais je voudrais vous dire qu'il est essentiel de conserver les bonnes relations qui existent aujourd'hui entre la France et l'étranger et qu'il me semble d'intérêt public de conserver aux Affaires étrangères le ministre qui s'y trouve, M. Waddington, et les ambassateurs, surtout ceux de Vienne et de Berlin. » Grévy : « C'était mon intention. Quant aux autres ministres... »

Je n'oserais même plus embrasser mes enfants

Mac-Mahon : « Monsieur le Président, je n'ai nullement l'intention de vous en entretenir. » Grévy viendra immédiatement lui rendre sa visite. Par la suite, le maréchal est très satisfait de la manière dont les choses se passent. Gabriel de Broglie, biographe de Mac-Mahon : «... La Chambre a envisagé de voter une dotation pour lui. Dès qu'il l'a su, il a protesté. La maréchale se contente des économies que le ménage va réaliser en quittant la présidence. Tout le traitement présidentiel passait en frais de représentation et le maréchal payait de sa poche écuries et cuisine, pour 100 000 F par an. » Autre époque... Le 31 janvier, Mac-Mahon fait demander à quelle heure il doit lui remettre les salons de l'Elysée. L'autre n'est pas pressé : « Prenez votre temps. Combien vous faut-il ? Deux, trois jours ? » En revanche, il lui demande s'il peut lui laisser pour quelque temps son argenterie et ses nappes personnelles, car il ne dispose pas d'un service suffisant ! Le 1er février, la presse, quelle que soit son orientation, est unanimement favorable à Mac-Mahon. Flaubert commente et prédit : « C'est plein de grandeur, quoi qu'on dise. Un événement considérable et tout nouveau dans l'histoire de France. Et puis enfin, nous somme délivrés de messieurs les militaires. » (sic) En tout cas, voilà Mac-Mahon délivré de ce que Thiers lui avait annoncé lorsqu'il était venu le voir en 1873 : « La Présidence est un enfer, et vous, mon cher Maréchal, n'y entrez pas. Aujourd'hui, le pouvoir est un guêpier. » Il y était entré pourtant, par sens du devoir. Le même sens du devoir qui l'avait amené à repousser toute tentative de coup d'Etat. Et par ce sens de l'honneur qui l'avait poussé à démissionner. Il ne se mêla plus en rien de la politique de son pays. Les seules responsabilités qu'il accepta furent les présidences de la Société de secours aux blessés, ancêtre de la Croix-Rouge ; de la Société de prévoyance et de secours mutuel des Alsaciens-Lorrains ; de la Société des sauveteurs de Meurthe-et-Moselle ; du Souvenir français : c'était une manière pour lui d'honorer le souvenir des provinces, qu'il n'avait pas su ou pas pu sauver de l'invasion allemande.

La présidence est un enfer, le pouvoir un guêpier

C'était là l'unique tâche d'une carrière militaire sans reproche : né dans une famille d'origine irlandaise au passé glorieux et qui, depuis trois siècles, servait la France, il avait mené en Algérie une guerre d'embuscades qui n'était pas pour lui déplaire. Colonel en 1845, général de brigade en 1848, divisionnaire en 1852, victorieux pendant la guerre de Crimée (contre la Russie et avec les Anglais), où le 5 septembre 1855 il ne prononça jamais le fameux « J'y suis, j'y reste », commandant du 2e corps en Italie où il remporte sur les Autrichiens la coûteuse bataille de Magenta (4 juin 1859), ce qui fit de lui un maréchal et un duc. Par la suite sénateur, ambassadeur extraordinaire de Napoléon III au couronnement du roi de Prusse Guillaume Ier, gouverneur de l'Algérie en 1864, il y eut donc la désastreuse guerre de 1870, les revers à Wissembourg (4 août) et Froeschwiller (6 août), la retraîte sur Châlons, la défaite de Sedan (1er septembre), la blessure ­ grave ­ qui lui évita de devoir signer la capitulation, la prise par les Prussiens, la détention à Wiesbaden, le retour en France et les terribles jours de la Commune, pendant lesquels Mac-Mahon est commandant en chef de l'armée de Versailles, reconstituée par Thiers. Bref, une carrière bien remplie pour un homme d'honneur et de devoir qui ­ finalement ­ nonobstant ses convictions personnelles, « aura fait autant et plus pour l'établissement de la République que Thiers, Gambetta ou Grévy, ses contemporains et adversaires respectueux » (Gabriel de Broglie).

Texte : Edouard Boeglin Illustration : Christian Heinrich

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CHRONOLOGIE 1808 : naissance à Sully. 1825 : élève à Saint-Cyr. 1830 : est à la prise d'Alger. 1852 : général. 1859 : maréchal de France. 1873 : président de la République. 1893 : décès.





BIBLIOGRAPHIE Mac-Mahon, Gabriel de Broglie, Perrin, 2000. Les maréchaux de Napoléon III, Ronald Zins, Editions Horvath, 1996. Les présidents, Georges et Janine Hémeret, Filipacchi, 1988. La Troisième ...



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