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Epilogue post-olympique

Comme un lendemain de fête foraine, Sydney a rapidement repris son rythme normal après deux semaines de Jeux frénétiques. Seuls les traits tirés et les jambes lourdes des passants et des journalistes témoignent encore du passage du cyclone olympique.

LES JEUX sont finis. Moi aussi. Sydney, en ce début d'après-midi, a repris ses petites habitudes de ville tranquille du North South West. Pour la première fois depuis trois semaines, je suis assis dans le lundi ensoleillé. Les gens ont cessé de courir, la frénésie olympique a disparu des visages, de rares passants arborent encore un badge officiel. Foutu badge, ne pas le perdre, sous peine de regarder les Jeux à la télé.

Les journaux locaux parlent tous de la POD, la « post-olympic depression », anti-cyclone olympique qui devrait à nouveau éloigner l'Australie du reste du monde. « Vous êtes déprimés, vous?», me demande un chauffeur de taxi, qui écoute du reggae à pleins tubes. « No, I'm French », réponds-je automatiquement. Décidément, il y a quelque chose dans l'accent australien qui m'échappe. C'est vrai que j'ai une sale gueule. Mais la tronche des confrères me rassure. Après tout, ils viennent de disputer la compétition la plus longue des Jeux : journaliste aux Jeux, ça dure quinze jours, pas loin de 24 heures sur 24. On mange quand on peut, on dort quand on n'en peut plus. Les Jeux de la presse se commencent sur la passion et l'envie, se continuent sur le physique, et se finissent sur les nerfs. Un podium ? Ecrire. Un record ? Ecrire. Une contre-perf ? Ecrire. L'entraîneur ? Ecrire. Ah bon, t'es Alsacien ? Ecrire. Les cartes postales ? Euh, désolé, pas le temps pour l'instant. Le pire, c'est qu'on en redemande. Parce que tout cela n'est rien par rapport à ce que donnent les athlètes. Ne parlons même pas de performance. Comme tant d'immigrants australiens, les sportifs de tous les pays sont venus ici avec leurs rêves, leur savoir-faire, leurs ambitions. Leurs peurs aussi. Dans leurs bagages, ils ont leur histoire, les espérances d'une famille, la ferveur d'un peuple. Ils sont arrivés aux Jeux Olympiques avec leur force, leur talent, leur expérience et avant tout avec leur humanité. Médaillés ou non, finalistes ou non, éliminés au premier tour ou coincés au pied du podium, ils ont tous donné quelque chose. Et ce quelque chose, même si ce n'était pas toujours grand chose, c'était toujours le meilleur d'eux-mêmes à ce moment-là. Ça vaut bien notre respect, ça valait bien le coup de se lever ou de rester éveillé au milieu de la nuit, tout là-bas, en métropole, même pour le dernier des derniers. Comme d'hab, il est minuit et j'écris. A cette heure-ci, la semaine dernière, cher lecteur, t'étais comme moi : en plein boulot, à te dire que t'aurais peut-être dû reprendre un deuxième café, parce qu'il va encore falloir assurer pendant trois ou quatre heures. Et après, cette nuit, il y a les éliminatoires de la natation ou de l'athlé, et il y a le petit dernier de la voisine qui est en lice. T'as promis, tu peux pas rater ça : Bâbak, Nadine, Mehdi, Laetitia, Roxy, Juju, Aziz, Yvon, Nico, Marco et les autres qui bataillent au même moment, au même endroit, ça n'arrive qu'une fois tous les quatre ans. T'es en plein boulot, et à quelques mètres de toi, il y a la vie qui continue. A quelques mètres de moi, il y a l'une des villes les plus étranges du monde. Sydney l'olympique, la lumineuse, la cosmopolite, la fière. Sydney la passionnée, l'exhubérante, se love à nouveau, tranquille, au pied du Pacifique. Sydney, je te salue. La chanson, dans le taxi, le dit si bien : « Il y avait sans doute des plages, des cocotiers, du sable, mais je ne les ai pas vus ».

Jean Deutsch

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