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Maldoror à couple d’un chalutier, dans le port de Formentera. Une place gratuite, mais le réveil à 5h est obligatoire, lorsque les pêcheurs larguent leurs amarres.

Formentera la douce

Qui furent les premiers touristes sur l’île la plus méridionale des Baléares ?
"C’est nous", répond l’homme en français, montrant sa natte de cheveux gris, sorte de relique d’un temps révolu. Devant mon regard interrogatif, l’homme au physique de Gandhi précise, avec un petit sourire: "Nous, les hippies…".

Il y a 40 ans, une communauté hétéroclite hippie prenait souche sur l’île la plus méconnue des Baléares. Aujourd’hui, ils tiennent boutique – galeries d’art, laverie, shipchandlers, supermarché, etc – à Cala Sabina, l’unique port, ou à Sant Francesc Xavier, plus grande agglomération (500 habitants) de l’île.

Côté légende de la " belle époque ", On dit que Bob Dylan vint y faire un séjour et la fête, dans un moulin a demi-abandonné de l’île.

Classée " Trésor du monde " par l’UNESCO, cette langue de terre de 82 km², brûlée par le soleil et dominée à 202m par le pic de la Mola est, en hiver, le sanctuaire de plus de 250 espèces d’oiseaux migrateurs qui investissent les salines de l’île. Formentera a résisté aux erreurs de croissance de ses trois " sœurs ", Ibiza, Majorque et Minorque.

Ses habitants, et parmi eux les anciens hippies, se sont réellement battus dans les années 80 pour en faire un site préservé.

Mais l’été, les ornithologues laissent la place à d’autres visiteurs : le port est encombré de yachts qui paient très cher la nuitée. Et des ferries venus d’Ibiza déversent leurs paquets de touristes venus en balade pour la journée.

A Formentera, plutôt que de payer 750F la nuit au port ( !), nous avons été au mouillage, puis à couple d’un chalutier. Un bon plan à connaître. Gratuit, mais réveil obligatoire à 5h du matin lorsque les pêcheurs larguent leurs amarres.

Le temps d’un tour des salines à vélo et d’un pique-nique, nous sommes repartis vers l’île Espalmador, puis Eivissa.

 

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La citadelle, vue de la mer.

L’envers du décor

La plus grande île de l’archipel des Pityuses offre plusieurs visages. Des paysages à couper le souffle mais aussi l’enfer d’un tourisme estival de masse ou s’étalent toutes les extravagances.

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La rade d’Eivissa, principal port d’Ibiza, vue depuis la citadelle

 

 

L’été, Ibiza devient folle, schizophrénique. A force d’avoir présenté l’île à longueur de reportages, comme le refuge de la Jet-set, de la mode et du show-biz réunis, les classes moyennes (sans aucune connotation péjorative) ont fini par y débarquer par charters entiers, remplissant le moindre hôtel, meublé, chambre d’hôtes, camping de l’île. Et au cœur de l’été, c’est le trop-plein. De tout. Touristes imprévoyants qui dorment sur les plages, faute de place à l’hôtel ; véhicules de location (voitures, scooters, vélos) par milliers qui créent des embouteillages monstres; business des fêtes " jusqu’au-bout-de-la-nuit " et trop-plein de musique techno-branché, yachts de milliardaires et ports bouchés. Trop-plein de piercing et de tatouages (ou quand l’extravagance se change en banalité).

Mais deux pôles seulement sur Ibiza - les villes d’Eivissa et de San Antonio - concentrent ces excès, et encore seulement à certaines heures.

A Eivissa, c’est simple: il suffit de visiter sa citadelle et ses vieilles ruelles, de 11h à 15h aux heures les plus chaudes. Plus un chat dans les rues, sinon les habitants du crû. Les fêtards sont encore au lit ou se remettent de leurs nuits sur la plage. Les fortifications qui dominent le port d’Eivissa ont été bâties au XIIIe siècle par les Catalans qui annexèrent l’île, et voulaient se protéger des incursions incessantes des pirates. On chemine dans de petites ruelles mal pavées qui délimitent des quartiers populaires et vivants. Mais dès 20h, il faut s’en échapper au risque d’être pris dans un véritable flot cosmopolite, qui vous emporte de boutique en restaurant, sans but véritable.

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La vieille ville d’Eivissa est parcourue d’un dédale de ruelles superbes, à visiter aux heures les plus chaudes lorsque les fêtards sont encore au lit…

San Antonio est différente puisque, là-bas, il n’y a objectivement rien à visiter et tout est réglé sur le rythme des fêtards. Ce sont essentiellement des anglo-saxons, qui consomment des produits anglais, dans des boutiques et des pubs tenus par des compatriotes (j’exagère : il y a aussi des commerces tenus par des espagnols, mais l’été ils ne parlent spontanément qu’en Anglais).

Vue de la mer, toute cette agitation estivale ne laisse pas d’étonner. Au mouillage dans la baie de San Antonio, nous assistons à des couchers de soleil à couper le souffle.

Avitaillement et plein d’eau refaits, nos navigations nous portent vers le sud de l’île, découpée en criques rocheuses et couvertes de pins, depuis l’île de Conejera jusqu’à celle de Vedra, majestueux cône de pierre battu par les vents qui culmine à 382m. Vue d’ici, Ibiza est sauvage et belle. Avec ces quelques maisons traditionnelles, qui ont gardé dans leur architecture la trace de l’occupation arabe, et subsistent éparpillées sur le rivage, on peut encore voyager dans le temps et s’imaginer pirate, corsaire ou aventurier. L’avantage en bateau, c’est qu’il n’y a pas de route toute tracée.

A travers certains paysages, qui semblent épargnés, on éprouve alors la sensation d’être un pionnier, seulement soumis aux lois – parfois terribles – de la nature (lire "Cauchemar à Portinatx").

Textes et photos:
Philippe Gammaire

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Le décor des salines de Formentera, réserve naturelle qui accueille en hiver des centaines d’espèces d’oiseaux migrateurs.

Sur le web

  • Nautiweb,
    le site des marins sans frontières

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