Spectateur avisé hier du premier triathlon olympique masculin sur les hauteurs de Sydney, le Mulhousien Laurent Mathieu s'adonne depuis le début de la semaine à un triathlon hors catégorie, entre la quête de billets, la découverte de l'Australie et... la préparation de l'Ironman de Hawaï.
LES AUSTRALIENS sont fantastiques. D'une gentillesse ! Je n'ai jamais vu ça : samedi, je voulais assister au triathlon féminin, mais je n'avais pas de place. Une dame m'a dit de rejoindre un petit groupe de personnes, dans un coin. J'ai attendu, et des gens sont arrivés avec des billets qu'ils avaient en trop, et dont ils nous ont fait profiter. Gratuitement, bien sûr !» Depuis une semaine qu'il est arrivé à Sydney, Laurent Mathieu va de découverte en découverte, et compte voler, ces jours prochains, de compétition en compétition.
Quelle mouche australienne a donc piqué ce Haut-Rhinois de 35 ans, gérant d'un café du centre-ville de Mulhouse, pour se rendre de ce côté-ci du globe ? « C'est simple, je me suis toujours promis d'assister, un jour, aux Jeux Olympiques. Alors, il y a sept ans, quand j'ai entendu qu'ils auraient lieu à Sydney, je me suis immédiatement dit : j'y serai. Et j'ai commencé à mettre de l'argent de côté et à organiser mon voyage ». Depuis une semaine, il est l'hôte « hyper-bien accueilli » d'une famille française venue s'installer en Australie il y a trente ans, en parenté avec le président de Laurent à l'ASPTT Mulhouse-triathlon, Claude Sangermano.
L'épreuve du guichet
Comme tous les Sydneysiders, Laurent Mathieu a d'abord participé à l'épreuve initiatique du fan olympique : « Le premier jour, je me suis rendu à un guichet de billets du centre-ville, très tôt, vers 5 heures du matin. J'étais le cinquième dans la file d'attente quand le bureau a ouvert, à 9 heures, mais j'ai quand même mis trois heures et quart à accéder au guichet. Et une fois là, j'ai encore mis 35 minutes à faire mon choix : la grande majorité des sports auxquels je voulais assister affichaient complet ». Le budget de son voyage : environ 13.000 francs, tout compris, dont 2000 consacrés à l'achat des cartes d'accès aux épreuves. Hormis les triathlons messieurs et dames de ce week-end, il s'est offert des compétitions de judo, d'escrime, d'athlétisme, de beach-volley, de natation - la série du 200 m dos de Roxana Maracineanu -, une rencontre de base-ball « par curiosité »et un match de handball féminin. C'était d'ailleurs l'une des surprises de l'Alsacien : « Ici, je ne sais pas pourquoi, ils croient que le hand est un jeu comme le volley-ball, mais avec un filet plus bas, et qu'on s'envoie la balle d'un camp à l'autre en la faisant rebondir ».
Panneaux indicateurs pour lignes d'eau
Bien qu'il ait dû expliquer à l'autochtone que le ballon-prisonnier n'est pas une discipline olympique, le triathlète alsacien n'a pas mis longtemps à s'apercevoir qu'aux antipodes, le sport n'est pas un vain mot. Son ambition étant de participer cette saison à l'Ironman d'Hawaï, dont il a déjà manqué les sélections pour trois petites minutes, il a décidé de commencer pendant ces vacances australiennes un cycle de préparation : « Je me suis mis à la recherche d'une piscine et je n'ai pas tardé à en trouver une : il y en a partout, et elles sont ouvertes de cinq heures du matin à neuf heures du soir ! Et attention, ce n'est pas comme en France où les nageurs de haut niveau ont droit à deux lignes d'eau maximum. A Sydney, il y en a sept, avec des panneaux indicateurs, de la plus rapide à la plus lente ! Moi, je suis au milieu...»
Vacances hyper-actives
Certaines images des Jeux, qui n'en sont encore qu'à leurs débuts, sont déjà gravées dans la mémoire du Haut-Rhinois : « Au niveau public, les relais de la torche olympique, c'est comme le Tour de France chez nous : de la folie ! J'ai eu la chance de pouvoir poser à côté d'un des porteurs de la flamme. La cérémonie d'ouverture, je l'ai vécue sur écran géant à côté d'un bar à l'ambiance d'enfer, sur Circular Quay, l'un des quartiers branchés de la ville. J'en prends plein les yeux ». Laurent Mathieu le reconnaît : il a signé pour des vacances hyper-actives.« Je me couche tard parce que j'ai envie d'en profiter, et je me lève tôt pour m'entraîner ou pour aller aux compétitions, car je loge quand même à trente kilomètres de Sydney. C'est assez fatiguant, d'autant que mon anglais est un peu bancal. Mais pour l'instant, tout se goupille plutôt bien ». Dans la dizaine de jours qui viennent, Laurent Mathieu compte encore, en plus des compétitions, passer un week-end à Melbourne et visiter le village olympique. Sûr qu'après une telle préparation, l'Ironman d'Hawaï ne lui posera plus aucun problème.
Laurent Mathieu a goûté son bonheur, hier : « Quand Marceau était en tête du peloton, j'étais heureux. Dommage que Whitfield était meilleur en course à pied...»
AFP











