Cathy Freeman a embrasé la vasque olympique, hier, au terme d'une cérémonie d'ouverture de cinq heures et demie si peu légères, mais si australiennes.
« NOUS avons discuté, défini, rêvé et nous nous sommes mis au défi de montrer ce que c'est que d'être australien ». Ric Birch, directeur de la cérémonie d'ouverture n'a pas fait dans la demi-mesure pour présenter la cérémonie d'ouverture. Mais après-tout, l'Australien n'est pas une demi-mesure.
D'entrée, les festivités sentent bon la sauce barbecue : oui, en Australie, on a aussi des cow-boys, même de sacrés bons cavaliers. Et toc pour Atlanta. C'est l'heure de l'hymne national : Human Nature, quatre adolescents dans le vent qui ont fait les premières parties de Michael Jackson et Céline Dion, entonnent Fair Australia Fair. Une idée à retenir pour Paris 2008 : les 2 Be 3 seront-ils de la partie ? Le ton est donné : la cérémonie s'adresse à la part d'enfant qui est en chacun de nous. Nikki Webster, 13 ans, star australienne sur les planches depuis l'âge de cinq ans, joue les soeurs de Peter Pan. Le stade est un immense aquarium volant, où abondent méduses et gros poissons multicolores. Un dessin animé grandeur nature. Le public est médusé, Walt Disney peut se rhabiller, Steven Spielberg prend des notes pour son prochain film. Le rêve devient mythe : les chants et danses aborigènes seront une parenthèse de quasi sobriété dans une cérémonie qui se veut « la plus grande jamais réalisée », dixit Ric Birch.
Charlot et Benny Hill au pays de Mad Max
Après le spectacle sacré, le sacré spectacle reprend. Un jardin bigarré sort de terre, les fleurs et arbustes ont des couleurs d'images de synthèse. Des rouges, des mauves, des jaunes chatoyants. La nature n'est jamais aussi parfaite que sur la palette d'un ordinateur. Les fleurs artificielles sont happées dans la Symphonie en tôle ondulée. Les boulons, roues crantées, bidons, véhicules bizarroïdes et dragon en métal tournent au rythme de la country chérie. Le Charlot des Temps Modernes a rencontré Benny Hill au pays de Mad Max. Ça y est, on a compris : l'Australie, c'est un peu tout ça. Et c'est aussi une terre d'accueil, ou d'exils, comme on veut : la techno latino-aborigéno-etc... résonne, les chars se succèdent. Dans le stade de Sydney comme dans la ville, il y a des quartiers pour tout le monde, les rouges, les verts, les riches, les gays, les pauvres. Ah non, ces derniers sont restés dans les faubourgs. Bref, on ne se prend pas la tête avec ces différences, et on laisse chanter, s'il vous plait, la petite Nikki. Sachez qu'elle a déjà joué Cosette et Cendrillon dans des séries TV. Et à voir sa performance d'hier soir, elle n'a pas fini d'étonner l'Australie. Le tableau final a été appelé « Eternity». Il dure en effet une éternité, et ce n'est pas la mixture « Fame » et claquettes qu'on retiendra de cette soirée. Ni le pot-pourri Superman, Chariots de Feu, Symphonie du nouveau monde de la fanfare du monde sponsorisée par un fabricant de moto - ceci explique cela.
Les Français chapardent les mascottes
Comme souvent, le défilé des athlètes est le seul élan de spontanéité de la soirée. Merci aux Croates de lancer leurs chapeaux dans la foule et de réveiller un public transi. En tête de la délégation ghanéenne, un couple de jeunes mariés défile en habit de noces. En queue du cortège français, on se fait réprimander : trop lent ! Les Bleus sont décidément les plus indisciplinés : ce sont les seuls à oser s'immiscer dans le cortège aussie pour leur chaparder les poupées-mascottes. Les vainqueurs de la soirée, à l'applaudimètre : l'Australie, bien sûr, les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, la Nouvelle-Zélande, l'Italie ex aequo avec l'Irlande, la France autant que le Brésil. Sans oublier, bien sûr, une standing-ovation pour la Corée réunifiée dans le défilé, et le Timor oriental. Bientôt, un immense drapeau blanc, sur lequel sont projetées des images d'athlètes, d'une colombe de la paix, déferle des tribunes et submerge les athlètes au centre du stade olympique. C'est simple, c'est fort, ça plaît. Après cinq heures et demie d'un suspense plus du tout insoutenable, le serment olympique est prononcé et le secret si longuement gardé est levé. Mètre après mètre : le flambeau transite par Betty Cuthbert dont la chaise roulante est poussée par Raelene Boyle, Dawn Fraser, Shirley Strickland de la Hunty, Shane Gould, Debbie Hintoff-King et arrive à Cathy Freeman. Debout au milieu d'une cascade, l'Aborigène en combinaison blanche embrase un cercle à ses pieds, qui va s'élever jusqu'au firmament du stade, sur fond de feu d'artifice. C'est bien beau. Mais nous, on gardera l'image de Dawn Fraser qui réchauffe Cathy Freeman emmitouflée dans une couverture. L'Australie, c'est aussi ça.
Les Français dans la tradition lors de la cérémonie d'ouverture, hier : l'élégance avec Laura Flessel (3e à partir de la gauche) et ses amies, le chahut avec le chapardage de mascottes...
AFP











