Porteur hier du flambeau olympique aux portes de Sydney, la légende du rugby australien tient, désormais, boutique sur George Street. Le jeune retraité n'a rien perdu de sa passion.
P armi les porteurs de la flamme olympique, il y a les anonymes et les autres. Sûr que David Campese ne fait pas partie de la première catégorie. La légende du rugby australien a prêté, hier, ses jambes de feu à la promotion de l'olympisme avec plaisir : « Avoir porté la flamme me rend heureux, c'est important pour moi et ma famille ». Un an après son retrait des terrains, il ne regrette rien : « Ce n'est pas si difficile d'arrêter... si on sent que c'est le bon moment ».
Il est vrai que les occupations ne lui manquent pas, avec deux boutiques de vêtements à son nom à Sydney et une entreprise de promotion en Italie. Sa boutique de George Street, dans le chic quartier de Circular Quay, lui prend l'essentiel de son temps : « Je suis content d'y travailler, ça me permet de rencontrer les gens qui m'ont supporté tout au long de ma carrière et qui viennent me saluer. C'est plus important pour moi de les rencontrer que le contraire ». N'allez pas pour autant imaginer que Campese se désintéresse désormais du rugby. Au contraire, il s'inquiète même pour son avenir : « Le jeu est en train de changer. Les règles le rendent très compliqué et, en même temps, très prévisible. Ainsi, les Wallabies sont très forts en défense et poussent à la faute. Et quand vous l'avez commise, ils sont les maîtres du ballon. Mais le jeu, c'est aussi courir avec la balle, faire des passes et jouer au pied. Mais ça n'en prend pas le chemin ». Autre problème : le professionnalisme. « C'est intéressant si c'est valable pour tout le monde. Mais là, quand l'Australie rencontre l'Argentine, ce sont des professionnels contre des amateurs. C'est ridicule. Il faut que la fédération internationale débloque de l'argent, mais pas pour les dirigeants, pour développer le rugby partout et pour que tout le monde puisse lutter à armes égales. Le rugby est pratiqué dans 120 pays, mais seules l'Australie, la Nouvelle-Zélande, l'Afrique du Sud, la France et l'Angleterre ont une chance de gagner la Coupe du Monde. Dans ces conditions, à quoi sert de l'organiser ?»
« On ne joue plus pour jouer, mais pour l'argent »
L'ailier aux 64 essais propose des solutions : « Il y a plein d'anciens joueurs renommés. Il faut les utiliser pour la promotion du rugby, comme Pelé pour celle du football ». Campese n'a évidemment pas oublié les affrontements épiques avec les Français : « Le rugby m'a permis de voyager dans le monde et de jouer contre des types comme Lafond, Blanco, Charvet et avant Rives. Les matches contre les Tricolores ont toujours été très durs, mais disputés avec un excellent esprit ».
On sent un enthousiasme intact pour un sport qui lui a tout donné. Il aimerait le voir garder ses vertus dans ce conseil donné aux jeunes : « En ce moment, on ne joue plus pour jouer, mais pour l'argent. Ça fait une grosse différence. Or, il faut surtout jouer pour le plaisir. Le rugby est un sport au sein duquel se tisse des liens d'amitié très forts. Il faut absolument garder cet esprit. Tout est dans le respect de l'autre ». Un sourire et l'Australien retourne à ses affaires. Un touriste anglais qui l'a reconnu ne voudrait surtout pas manquer l'occasion d'une photo avec une légende.











