Porte-drapeau français pour sa première cérémonie d'ouverture, le médaillé des Jeux de Barcelone et d'Atlanta s'attend à une grande bouffée d'émotions, demain (9 h, heure française) à Sydney, lorsqu'il entrera dans le stade olympique à la tête de la délégation française.
IL M'A FAIT pleurer plusieurs fois lorsque je l'ai vu grimper en l'air avec la Marseillaise. J'aime mon drapeau. Cet amour, tous les athlètes l'ont. Je n'ai pas peur de dire que je suis patriote, que j'aime mon pays et que je suis fier d'être Français ». Mettez un drapeau dans les mains de David Douillet, et vous obtiendrez 125 kilos de timidité.
Lui qui a déjà récolté le bronze et l'or aux JO, qui a terrassé des montagnes de chair pour atteindre par trois fois le sommet mondial, est comme un enfant à son premier jour d'école. La compétition, le judo, l'exploit, la souffrance, l'entraînement, le sport, il connaît. Mais demain, en fin d'après-midi (9 h du matin en France), il mettra pour la première fois les pieds à une cérémonie d'ouverture. « A Barcelone et Atlanta, la catégorie des lourds était en lice dès le premier jour de compétition. Il n'était donc pas question de participer au tour de piste. Pour moi, ce sera un début dans le défilé, un début et une fin en ce qui concerne le fait d'être porte-drapeau. Quand j'étais petit et que je voyais le défilé de la cérémonie d'ouverture, jamais je n'aurais imaginé qu'un jour je serais à cette place-là. C'est ce qui est fantastique dans une vie : rien n'est prévu, tout est découverte. Ça donne des frissons. Même quand les copains m'en parlent, je me dis que ce n'est pas vrai : je suis le porte-drapeau, mais c'est encore irréel. Il faudra que je sois dans le stade, le drapeau à la main, pour réaliser ».
Les pieds dans la couette
Comme pour se rassurer, il essaye de visualiser l'événement : « Cette impression de masse, ça doit être comme la fois où j'ai donné le coup d'envoi d'un match de foot, au Parc des Princes. D'un autre côté, j'ai parlé de la cérémonie avec Marie-José Pérec, qui était porte-drapeau à Atlanta. Je me suis rendu compte qu'il n'y a sans doute pas de mot assez fort pour décrire ce qu'on vit à ce moment-là. Je crois que ce sera l'un des très grands moments de ma vie...» Mais promis, David Douillet ne pleurera pas vendredi. « Non, faut pas pousser...» Il a l'habitude d'empoigner des kimonos, d'envoyer promener leur contenu mais il se demande tout de même comment ça se tient, ce machin. « Je ne sais absolument pas comment on fait, je n'en ai jamais porté de ma vie ! Deux minutes après avoir marché avec un drapeau, j'espère que je pourrais vous le dire, mais en attendant, je n'ai jamais fait quoi que ce soit avec un drapeau ! Les anciens combattants, eux, ils ont des harnais, mais moi, est-ce que je vais être équipé ? » Et de plaisanter : « Avec Stéphane Traineau, dans la chambre, on fait le tour du lit en simulant le port du drapeau. Il me donne des conseils. Je me suis pris deux fois les pieds dans la couette, mais il n'y aura pas de couette sur le stade. Donc, je pense que ça se passera mieux ». Plus sérieusement, le Français espère rassembler derrière ses larges épaules l'ensemble du collectif olympique : « Le porte-drapeau symbolise l'unité du groupe. Je connais bon nombre d'athlètes. Et après ma compétition, je compte bien soutenir les copains. Et les copines. J'espère leur apporter un petit plus, comme tous les Français qui seront devant leur télé. J'espère qu'ils nous enverront de bonnes ondes jusqu'ici, même si c'est loin ».
Après avoir bousculé des montagnes de chair (ici, un petit judoka de Niederbronn), David Douillet espère rassembler l'ensemble du collectif tricolore derrière ses larges épaules. Et ne pas trop s'emmêler les pinceaux : « Je n'ai jamais fait quoi que ce soit avec un drapeau !»
Jean-Marc Loos











