L'entraîneur des nageurs mulhousiens, Lionel Horter, sera le seul Haut-Rhinois et l'un des seuls Alsaciens à défiler vendredi à la cérémonie d'ouverture. Lui qui a manqué de peu sa sélection dans le bassin en 1984 savoure chaque instant à Sydney.
POUR UN NAGEUR, rien n'est plus beau que de participer aux Jeux Olympiques. Pour un entraîneur, c'est pareil : « Après avoir raté ma sélection pour Los Angeles, en 1984, je pensais ne jamais avoir une nouvelle opportunité de participer à des Jeux. C'est un immense bonheur qui m'est donné », confie Lionel Horter.
Caméscope à l'oeil, casquette à l'envers sur la tête, le nez constamment en l'air à humer l'atmosphère électrique de Sydney, le Mulhousien est plus émerveillé que ses nageurs. Il peut se le permettre, le gros de son travail est achevé. Contrairement aux Mulhousiens qui s'élanceront dans le bassin de l'Aquatic center, lui a déjà réalisé son exploit : celui de qualifier trois athlètes d'un même club pour les JO. C'est l'avantage d'être coach : Lionel Horter peut se permettre des fantaisies que les athlètes s'interdisent. Comme ce 2x2 de beach-rugby sauvage qui l'a opposé, hier aux côtés de Marc Begotti (entraîneur sprint et papillon), à Lucien Lacoste (sprint dames et 4 nages) et au kiné Christophe Cozzolino. C'est désormais une certitude : le Mulhousien, qui a failli être étripé à plusieurs reprises, n'a pas le rugby dans le sang, mais plutôt dans les côtes. Il n'empêche : Lionel s'amuse comme un fou depuis son arrivée à Sydney, « une ville que j'ai toujours trouvée magique, depuis la première fois que j'y suis venu, il y a six ans, après un stage en Nouvelle-Calédonie ».
Il y a tellement de gens qui travaillent dans le monde pour y être, et qui n'y sont pas
Autre privilège d'entraîneur : contrairement à la grande majorité des nageurs, Mulhousiens compris, lui aura droit à la cérémonie d'ouverture, vendredi à 18 h (9 h heure française). « Je suis comme un gamin, je n'arrête pas d'y penser. On est arrivés au village olympique lundi soir, et j'ai eu un choc quand j'ai vu le stade olympique illuminé. La vue sur cet espace immense, sur la ville au loin, c'était beau ! Vendredi, c'est sûr, je serai fou. Je ne vais pas arrêter de téléphoner en France pour dire aux gens : "Coucou, je suis là !" Mon forfait va exploser, mais on s'en fiche !» Dès le lendemain, les affaires sérieuses commenceront. Là encore, Lionel Horter ne panique pas. « Ce qui est extraordinaire, aux Jeux, c'est ce qui est à côté de la compétition. Les épreuves en elles-mêmes, la pression qui s'y rattache, on les connaît. La seule chose qui change, au niveau sportif, c'est qu'une course aux JO représente une concentration totale de toutes les énergies. Ici, il ne sera pas question de se tester le matin en séries et de nager vite l'après-midi. Les nageurs qui voudront se tester, il faudra qu'ils le fassent la nuit. Parce que le matin, il faudra déjà aller vite ». Le niveau de la compétition sera évidemment très relevé, mais le Haut-Rhinois se refuse à tout pronostic pour ses ouailles. « Tout ce que je sais, c'est qu'ils ont bien travaillé. Après, c'est simple : depuis Perth et le titre mondial de Roxy, j'ai appris que tout est possible. Je n'ai pas besoin de dire aux nageurs qu'on est aux JO pour une médaille. Ils le savent et font tout pour ça. Sinon, pourquoi est-ce qu'on sacrifierait nos vacances, notre vie de famille à longueur d'année ?» Le résultat sera ce qu'il sera : l'entraîneur alsacien ne veut pas gâcher la formidable aventure humaine que représentent les JO au nom de la performance. « Les Jeux ne sont pas une épreuve comme les autres, et ce serait renier l'essence même de l'individu que de dire à mes nageurs : "Ne pensez pas aux JO, nagez comme d'habitude". Je ne suis pas prêt de tirer un trait sur quoi que ce soit d'humain dans la compétition. Au contraire, profitons de la chance que nous avons : il y a tellement de gens qui travaillent dans le monde pour y être, et qui n'y sont pas ».
« Mon forfait téléphonique va exploser, mais on s'en fiche : ce vendredi, je serai fou!»
Christian Entz











