Entraîneur de la sélection nationale australienne, l'ancien avant-centre maudit du Racing Strasbourg se bat désormais pour le « soccer » dans son pays. L'Italo-Australien sera, aujourd'hui, à Brisbane au milieu de 95 000 supporters pour assister au choc olympique... Australie - Italie.
LE VIN ET LES BLESSURES : c'est à peu près tout ce dont se souvient Franck Farina de ses deux saisons (92-93 et 93-94) passées à Strasbourg. « J'aimais bien la région, je m'entendais bien avec Gilbert Gress, mais comme j'étais très souvent blessé, je n'ai jamais pu exprimer tout mon potentiel, explique l'Italo-Australien. Mes blessures au genou m'ont d'ailleurs suivies jusqu'à la fin de ma carrière, à Lille, pendant un an, puis à Brisbane, en Australie, pendant deux ans ». A la Meinau, on se souvient encore des courses effrénées de l'avant-centre maudit, qui, lorsqu'il n'était pas blessé, pesait sur les défenses sans pour autant marquer de buts. Rien à voir avec ses trois saisons magiques en Belgique, au FC Bruges avec lequel il a gagné le championnat, la Coupe et le titre de meilleur buteur. Mais après tout, ce n'était pas la première, ni la dernière fois qu'un joueur talentueux faisait long feu en Alsace...
108 Australiens à l'étranger
Combatif sur les terrains européens, Franck Farina l'est resté dans son pays d'origine, où il tente de composer avec un « soccer » encore bien mal en point. Ici, quand on dit « football », on pense à ce sport national qui se joue avec les mains, les pieds, un protège-dents, des claques, des bègnes, des points de suture et un ballon. En Australie, un sport où l'on interdit le tacle au niveau des genoux ou de la gorge, peut à la rigueur faire l'ouverture de la saison à l'Opéra du Rhin. « Le championnat d'Australie n'attire pas grand monde dans les stades, parce qu'il n'est pas de très bonne qualité. C'est un championnat très jeune, privé de ses meilleurs éléments, puisque pas moins de 108 joueurs australiens jouent actuellement en Europe, dont Petkovic qui défendait il y a peu de temps encore les buts du Racing mais qui vient de quitter l'Alsace ! explique le sélectionneur national. Ici aussi, les managers sont à l'affût dès qu'un jeune joueur a un peu de potentiel...» Pour dynamiser le football australien, Franck Farina ne voit pas 36 solutions : « Il faut de l'argent ! Sans cela, les meilleurs joueurs ne resteront jamais ici. Il n'y a aucun club riche en Australie ».
Dernière qualification en 1974
Si les clubs ne sont pas riches, la sélection nationale, elle, l'est : 90 % des joueurs retenus par Franck Farina, et qui essayeront de décrocher en avril-mai prochain leur billet pour la première Coupe du Monde asiatique, évoluent actuellement à l'étranger. Et les jaunes et verts d'ici ont également un potentiel en public : aujourd'hui, dans le stade de... cricket de Brisbane, plus de 95.000 personnes assisteront au prélude olympique Italie - Australie. Il est vrai que la communauté italienne d'Australie est importante et, comme partout dans le monde, très sensible aux choses du football. Il n'en reste pas moins que « dans tous les sports, les équipes nationales australiennes, en général, déchaînent un véritable engouement, assure Franck Farina. Mais cet engouement ne se répercute pas sur le championnat ». Autre problème pour le sélectionneur : faute de résultats, le soccer n'est pas un jeu très en vogue sur le continent.« Notre dernière qualification pour une Coupe du Monde remonte à l'Allemagne 1974. Depuis, rien. Mais je crois sérieusement que cette année, nous avons le potentiel pour nous qualifier ». Parole d'expert ou parole de fan ? Peu importe : une foule immense soutiendra ce matin (10 h, heure française) la sélection olympique australienne. « Je pense qu'elle peut faire une médaille », estime Franck Farina. Elle fait déjà recette, ce qui, par les temps australiens qui courent, équivaut presque à une victoire.
Franck Farina sous le maillot du Racing Strasbourg : « La Meinau ? Oui, ce fut pour moi le temps du vin et des blessures...»
Jean-Marc Loos











